Archive for avril, 2009

Yellow custard

24 avril 2009

Tout se passait pourtant le mieux du monde dans ce charmant Pub de Chelsea. Sous les camélias en fleur, la douceur du jour avait laissé la place a une reposante fraicheur. Les banquiers d’affaires avaient enfin quitté leurs bureaux pour prendre une nouvelle pinte bien méritée. Et moi-même, je m’étais laissé aller a quelques verres de Pimm’s au concombre et aux fraises pour me remettre d’une journée bien chargée.

Avec quelques amis français, nous avions décidé de diner sur place, le restaurant accolé au Pub étant l’un des meilleurs « gastropub » d’un quartier peu avare en bonnes adresses. La terrine de sanglier et les excellentes bangers & mash (le plus haut degré de l’art culinaire anglais) étaient tout deux remarquables. Et puis, les sens sans doute fatigués par un verre de Pimm’s de trop (ces choses-la sont servies a la carafe) ou le regard distrait par les courbes généreuses de notre serveuse serbo-lituanienne, j’ai commandé sans plus d’attention un crumble aux cranberries en guise de pudding. Toujours est-il que tout s’est joué là, dans cette seconde d’inattention malheureuse…

Alors que la soirée s’achevait sous les gazouillements ravis d’anglaises doucement pintées, le crumble est arrivé sur la table. Tout de suite, il a jeté un froid. Un iceberg de farine granuleuse et vaguement rosâtre dépassait a peine d’une épaisse couche de custard… La couleur hideuse de la sauce le disputait a la consistance gélatineuse de la crème. Dans la petite salle cosy, toute boisée de sombre acajou, l’assiette jaunâtre exhalait ses relents méphitiques d’une vanille de synthèse préparée a Bangalore.

Surpris par tant de barbarie, nous nous reculâmes tous devant l’horreur de la chose, présentée a nous comme les entrailles encore tièdes d’un animal tout juste sacrifié au rite d’une Pythie absurde, saoulée de sa journée sur son tabouret de l’autre coté du bar. Quand son rire de démente s’est élevé du milieu du Pub, où les autres anglais tout absorbés a leur breuvage houblonné restaient figés dans une attitude flegmatique, je me suis souvenu combien nous sommes exilés en cette terre étrangère de l’autre coté de la Manche.

A coté de la plaque !

20 avril 2009

Si j’avais a me situer sur l’échiquier politique français, je ne doute pas que mes convictions pro-européennes, économiquement libérales, et catholiques assumées me rapprocheraient du Modem (Mouvement Démocrate), malgré des préventions conservatrices en matière sociale ou éducative. Pourtant, je ressens une certaine aversion pour le parti de Francois Bayrou…

Une sorte de réticence moins devant le programme annoncé (que je serai d’ailleurs bien en mal de définir) que devant l’absence de lisibilité et de visibilité de ce parti. Je me suis souvent demandé si cette obscurité politique relevait d’un traitement biaisé de la part des medias.
Comme si ces derniers s’évertuaient a choisir les éléments les plus épars du programme de Bayrou pour en souligner la vacuité. Le récent rapprochement avec Dominique de Villepin (probablement la personnalité politique de droite dont j’abhorre le plus le positionnement) confirme cette possibilité.

Et puis, j’ai eu ce matin la confirmation qu’en fait le Modem se tirait volontairement une balle dans le pied avant la grande course des élections européennes. Comment en ai-je eu la révélation ? Tout simplement grâce a ce tract (voir pièce jointe). Son format est évidemment convenable, et son but louable: un meeting Londonien pour le Modem. Non, le problème est ailleurs. Il est dans l’horaire: 18h30 un lundi.

modem-londres Parce que 18h30 un lundi a Londres, il risque de n’y avoir que des chômeurs (s’ils ne sont pas rentrés au pays), des mères de famille (si elles n’ont pas abandonné leurs enfants a l’heure du bain) ou des étudiants politisés (s’ils n’ont pas tous pris leur carte au NPA de Besancenot)… Mais des (honnêtes ?) travailleurs de la City et du West End (s’ils n’ont pas tous été débauchés par la crise), ceux-là même qui sont prescripteurs en matière politique, ceux-là même que le Modem espère courtiser pour se positionner politiquement, et bien il ne risque pas d’en avoir beaucoup !

Tout simplement, je me demande si l’aporie du Modem ne réside pas dans cette erreur de timing ? Le Modem, aspirant a devenir un parti de gouvernement, une alternative a la politique du président Sarkozy, pourtant incapable de soigner son propre positionnement horaire…
Pour moi, cette erreur de débutant résume toute l’illisibilité de la stratégie du Modem: une inadéquation complète entre ce qu’il pourrait et devrait être, et la perception erronée de son électorat potentiel !

Que nul ne peut dénombrer

14 avril 2009

D’abord, il y a la foule. Sur la place, aveuglé par le soleil du printemps, elle s’impose a moi et me bouscule malgré l’absence de contact. Bigarrée, bruyante et amorphe, elle est étrangère a mes préoccupations de ce jour.
Je cherche des yeux la file qui me permettrait de la fuir et de me faufiler enfin au cœur de ma semaine. Je titube quelques instants, saoulé de la hauteur du tympan, ébloui de la blancheur des tours qui dominent la ville. Et puis, d’un coup, je pénètre l’éclatante noirceur de la nef.

Dans ce laps de temps très court, pendant lequel mes yeux s’habituent a l’obscurité, je l’entends a nouveau. J’entends ses pas de boiteux sur la pierre millénaire. Sur ce sol qui charrie la grande procession des morts qui se savent vivants.
J’entends le pèlerinage de ceux qui ont traversé les eaux plus surement qu’ils ont franchi la porte de la cathédrale. J’entends ces versets annoncés dans tant de langues différentes, écoutés par chacun en son âme.

A nouveau, la foule est la. Feutrée et mouvante, elle avance vers le chœur. En file indienne, a travers les piliers, dans cette obscurité, est-elle si différente de sa comparse de l’autre coté des portes ?
Comme moi, elle est venue parce que ce Vendredi n’est pas un jour comme les autres. Elle est moins venue pour elle-même que pour un Autre. Pour L’aider dans Son chemin, sur la route des douleurs.

C’est la foule des anonymes qui sont venus faire allégeance a leur Roi, malgré leur infidélité, malgré leur inhumanité.
L’un après l’autre, chacun vénère une couronne de joncs tressés, présentée sur un coussin de pourpre. L’un après l’autre, les textes sacrés résonnent dans la lumière des vitraux.
Devant moi, un père prie avec ses deux enfants. Ils ne doivent pas avoir plus de sept ans. Savent-ils pourquoi ils sont la ? Savent-ils pourquoi ils s’agenouillent, sagement, a la douzième station ? Comprennent-ils ce qui se joue quand le temps se suspend et que tous, en silence, supplient le Père d’accorder le salut au monde ?

Mais le sais-je vraiment moi-même, lorsque, ressortant sur le parvis, la lumière s’est changée en pluie fine qui se mêle a mes larmes ?

Mind the gap

3 avril 2009

A en juger par les cohortes de touristes envahissant la ville a chaque printemps, Londres témoigne d’un attrait touristique presque sans pareil. Et nombreux sont ceux qui reviennent de la capitale britannique avec un souvenir ému du métro londonien. Il faut en effet reconnaître que le « Tube » est, a juste titre, l’une des attractions les plus courues de la ville.

Au-delà de son aspect utilitaire, le métro anglais constitue un véritable voyage dans le temps et permet comme rarement de retrouver le charme des années New Wave. Le tissu des fauteuils, le design rétro, et la population elle-même nous transportent en un instant dans ces clips des Clash ou dans ces films de Danny Boyle ou l’Angleterre immuable a la couleur du charbon gallois.

C’est que certaines parties du métro londonien ont plus d’un siècle et demi, et sont encore conservées dans leur état d’origine. Cette caractéristique amène certains guides peu scrupuleux a profiter de la crédulité des visiteurs étrangers en leur racontant que des locomotives victoriennes s’arrêtent parfois en gare pour alléger le trafic aux heures de pointes.
Il s’agit naturellement d’une plaisanterie aux dépends des touristes. Tout le mode sait ici que ces locomotives sont seulement en fonctionnement sur les lignes ferroviaires de Glasgow. L’auguste cité bénéficie en effet d’un traitement de faveur du premier ministre actuel, Gordon Brown, puisque la capitale ouvrière écossaise est sa circonscription de député.

Pour un prix défiant toute concurrence (autour de 5 euros par aller-simple), l’on bénéficie d’un ticket pour des montagnes russes qui n’ont rien a envier a celles d’EuroDisney. L’autorité de transport de Londres (connue sous le nom de « Tube for London » ou simplement TFL) s’enorgueillit en effet d’une efficacité remarquable. Le taux de voyageur au « square feet » est supérieur a celui du métro de Tokyo, qui a longtemps tenu la corde en la matière.
La TFL peut désormais fièrement annoncer qu’elle dépasse très largement le seuil de la réglementation européenne en matière de transport de bétail. De plus, et pour la première fois depuis 60 ans, le nombre d’incident par voyageur est passée l’an dernier en deca du seuil de 1.85x, une première depuis la création et le suivi de cette statistique il y a plus d’un demi-siècle.

En l’espèce, la ligne reliant la gare de Paddington a la City, que j’emprunte tous les jours, est l’une des plus vétustes du pays.
C’est ce qui fonde son charme incomparable dans la cohue du petit matin, lorsque parmi les « pinstripes » se rendant au bureau, l’on pense parfois sa dernière heure venue a cause des rames « dernier cri » (surtout les jours d’accident)…
Are you sure you really wanna ride too ?