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Campagne de France

8 mai 2009

Comme tous les ans a cette période de l’année, la trêve s’achève. L’hiver, avec son blanc manteau, n’avait connu que quelques escarmouches. Mais le printemps est là, propice au déclenchement de nouvelles hostilités.

L’on pourrait croire que ce petit quelque chose d’immensément doux que le matin nous offre au travers des rideaux de la chambre nous inciterait a la paresse… a rester au chaud, au creux du lit, au calme. Mais ce serait s’abuser, car avec la belle saison, revient le cauchemar des ultra-mondains dont je suis. Dès les premiers rayons de lumière, c’est le branle-bas ! Il est vrai que le plan de bataille est serré. A partir aux confins du pays, l’on pourrait rater la première salve dans un retard inexcusable et, bien souvent, inexcusé. J’en ai connu des amis tombés au combat parce qu’arrivés après que l’action se fût engagée…

Le premier coup de feu de chaque nouvelle bataille est donné dans le vacarme des cloches de l’église du village. C’est l’engagement, celui qui prend au tripes. Car il en faut du courage, et un courage presque physique, pour supporter sans broncher ces heures de célébrations identiques et émues a beugler sa joie que la France éternelle ait trouvé un nouveau couple pour se perpétuer. Pour entendre ces homélies tantôt indigentes et tantôt brillantes. Pour se faire violence et complimenter -une fois de plus- ces tenues bigarrées, ces chapeaux improbables et ces chaussures qui font pourtant souffrir le martyre a leur charmante propriétaire.

Il faut s’aguerrir a la manœuvre pour atteindre au but des grandes coupes d’argent ou reposent, comme des obus menaçants, les bouteilles réclamées par la foule assoiffée par la chaleur, le voyage et l’ardeur du combat. Pour torpiller proprement tous ces buffets pantagruéliques, pourtant protégés par tant d’adultes autrement plus habiles dans le feu de l’action (je m’entends encore haranguer mes troupes « rentabilisez le weekend avant tout »). Pour tolérer ces heures sans fin a la table des célibataires, sous les regards complices et bovins des autres invités en couple, pendant que d’incompréhensibles et (inter)minables discours se succèdent !

Il faut cent fois remonter au front et tenter sa chance en dansant des rocks effrénés avec deux bouteilles de champagne dans le sang et dans le bide ! Faire bonne figure auprès de la belle-mère des mariés en lui présentant pour la millième fois ses félicitations z-émues ! Et au petit matin, dans la lumière blafarde de l’aurore, s’abandonner enfin sur ses chaussures, dans la boue du pré déserté comme la morne plaine de Waterloo !

C’est la campagne de France, chers lecteurs. Une guerre longue, d’usure. Une guerre qui ne dit pas son nom, mais qui prend chaque année son lot de victimes fauchées dans la splendeur du couchant. Qui sait si, un jour, je n’aspirerai pas moi-même a tomber pour de bon a son champ d’honneur ?

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