Archive for juillet, 2009

The Fat Liver Tavern

31 juillet 2009

Poursuivant le tour de mes adresses favorites a Londres, je vais vous parler aujourd’hui d’une adresse confidentielle, pour les financiers ayant l’heur de travailler près de « Bank », la station de métro au pied de la Banque d’Angleterre. Ils ont en effet l’avantage sur leurs confrères de pouvoir déjeuner d’un menu anglais typique a la célèbre taverne du « Fat Liver » .

Fondé en 1757, ce restaurant de la City occupe les anciens taudis historiquement destinés a l’immigration huguenote fuyant le royaume de France (après la révocation de l’édit de Nantes). La taverne, dissimulée dans l’une des petites ruelles derrière la Bank of England, est aujourd’hui de l’une des toutes dernières du quartier, les autres ayant cédé devant la concurrence déloyale des grandes chaines de « prêt-a-manger » prises d’assaut par les européens exilés outre-manche.

Cette sympathique et renommée gargote rassemble au déjeuner tout ce que le quartier compte de plus typiquement anglais, pour les consommateurs comme le personnel. Les clients sont généralement accueillis par de très cockney serveuses d’âge mur, passant leurs quartiers d’été a Brighton, et arborant une coiffure blond platine que Margaret Tacher n’aurait pas reniée en son temps (« Je la connaissais avant qu’elle soit blonde ! » me racontait encore l’autre jour a mon Club, un vieux député conservateur dégouté).

L’établissement perpétue la longue tradition culinaire de la City. Les palais les moins aventureux se contenteront d’une simple « pie », sorte de sauce de viande présentée en pâté en croute. Passée au four pendant quelques heures, elle est généralement accompagnée de purée de rutabagas et de petits pois fluorescents. L’histoire retient qu’Alan Turing (créateur du code Enigma et brillant mathématicien ayant cassé le code de communication nazi), s’est volontairement donné la mort par ingestion massive de ces « green peas » (1).

Pour les voyageurs les plus aguerris, le choix est vaste, entre les saucisses au saindoux, le haddock de la Tamise a la Worcester sauce ou le Welsh Rarrebit (2) qui constituent les spécialités du lieu. On y croise de nombreux banquiers, enfermés dans leurs costumes rayés, et que la crise récente a quelque peu amaigris. Il n’est d’ailleurs pas rare, en ces temps troublés, d’assister a une rixe entre certains de ces congénères, pour obtenir la dernière portion de beurre rance, a tartiner sur un biscuit d’avoine pour accompagner le Stilton.

Toutes ces spécialités culinaires sont évidemment arrosées de bière tiède pour les plats les plus légers, de Porto pour le Stilton, ou encore de gin millésimé, pour faire passer l’inimitable odeur surannée qui se dégage des plats comme de l’ambiance de ce morceau d’Angleterre éternelle au cœur de la City.

(1) La radioactivité des aliments britanniques est une caractéristique désormais bien documentée (se référer a l’ouvrage de référence en la matière par le professeur russe Alexander Litvinenko).
(2) Sorte de tranche de pain au blé d’hiver et a la sciure de contreplaqué, servi recouvert d’une fondue de cheddar périmé.

Show me the money !!!

27 juillet 2009

Une réaction a un article du Figaro:
http://www.lefigaro.fr/societes/2009/07/27/04015-20090727ARTFIG00163-citigroup-un-courtier-star-reclame-sa-prime-.php

Plus de détails pour les Anglophones:
http://www.guardian.co.uk/business/2009/jul/26/citigroup-executive-pay-bonuses

Pour résumer, le patron d’une division particulièrement profitable de la banque Citigroup réclame le versement d’une prime correspondant, semble-t-il, a la rémunération convenue avec son employeur.
Le problème est assez simple. D’une part, la prime fait environ 100 millions de dollars; tandis que d’autre part, au plus fort de la crise financière, Citigroup a bénéficié d’aides fédérales se montant jusqu’à 45 milliards de dollars.
Cet exemple est sans doute l’une des meilleures illustrations des problèmes liées a la crise financière et aux implications des interventions des grands états. Je ne connais pas le dossier spécifique, mais je vais essayer de tirer quelques enseignements.

Sur quel terrain juridique la bataille pourrait-elle se porter ?

Un employé se targue d’un contrat de droit privé pour demander une rémunération, semble-t-il légale. Son employeur peut essayer de refuser mais je ne vois pas comment il pourrait s’en sortir ! La seule solution pour ne pas honorer son engagement, c’est la faillite. Si l’employé a délivré sa part du contrat, l’employeur doit accomplir la sienne sauf a traiter ses créanciers différemment… ce qui pose, je crois, un sérieux problème en l’absence de procédure de faillite ou de liquidation !

Je me refuse a penser que les tribunaux devant lequel le litige serait porté, puissent décider de donner raison a Citigroup (sur quelle base juridique ? le trouble a l’ordre public ? laissez-moi rire).
Qui ne verrait que la rupture d’un contrat privé (sans clauses léonines) par une juridiction publique (de surcroit partie au dossier, puisque l’état US est désormais actionnaire de Citigroup a hauteur de 34%) constitue une atteinte bien plus grave a notre sécurité individuelle que le paiement d’une prime, fusse-t-elle scandaleuse.
Puisque nous parlons d’argent, cela me paraitrait un prix bien cher a payer !

C’est sur l’environnement juridique et l’articulation droit privé et intervention publique -que je connais mal- que j’aimerai avoir une confirmation. Par analogie, cela me rappelle le débat bien français sur l’annulation du mariage pour cause de non virginité de l’épouse (ingérence publique dans une affaire privée).
Si l’état américain s’amuse uniquement a porter le litige pour donner le change a l’opinion publique, je trouve qu’il y a la une dépense somptuaire bien inutile et bien démagogique…

Bien sur, j’entends d’ici toutes les remarques désobligeantes ou les interrogations outrées.

Est-ce que l’intervention de l’état américain ne lui donne pas droit de veto sur certaines rémunérations ? Sans doute, mais je ne vois pas au prix de quelle rétroactivité…
Et puis, si l’état souhaite prendre le contrôle des décisions de gestion, qu’il fasse alors ce qu’il doit faire : rendre nulle la valeur des actions de Citigroup avant son intervention. Mais s’il ne le fait pas, eh bien, qu’il ne s’étonne pas a postériori de ne pas avoir la main.

Est-ce que je trouve le montant normal ? USD 100 millions c’est surement une somme immense, mais elle semble récompenser une performance définie a priori. Il faut ici raisonner en se demandant combien ce patron gagnerait s’il avait monté son propre hedge fund. En mettant les deux options en perspectives, les montants prennent une autre dimension.

Est-ce que je trouve le montant moral ? La morale n’a rien a faire dans cette histoire. Quel est l’outil qui permet de fixer le seuil de moralité d’un salaire ? Sa propre rémunération ? Son envie de salaire ? Pas d’outil pour cela, et beaucoup d’hypocrisie de la part de gens qui ne rechigneraient pas a recevoir cette prime.

Est-ce que cette somme est, au final, scandaleuse ? Je n’en sais rien et je m’en moque. Le débat ici est des plus simples: si l’état, au titre de tous les citoyens, considère que cette rémunération est trop élevée, eh bien, qu’elle la taxe. Point.
Cela aurait le mérite de placer le débat politique au bon niveau, celui de ses moyens et de ses objectifs. Encore faudrait-il pour cela que les politiques, comme les citoyens, aient une vision de ce qu’ils souhaitent comme Etat moderne.

English humour

8 juillet 2009

Aujourd’hui même commence le tournoi de Cricket des « Ashes ». Ne cherchez pas a me faire écrire quelque chose que je saurais pas. Non, moi non plus je ne comprends rien aux règles du cricket (il parait qu’elles sont faites pour ne pas être comprises des français).

Mais en tout cas, le début de ce tournoi exclusivement entre l’Angleterre et son ancienne colonie, l’Australie, a été l’occasion pour moi de prendre une bonne correction de géographie anglaise !

– Le tournoi des Ashes commence ce matin ! déclare, visiblement enthousiate, le sympathique collègue anglais en face de qui je travaille.
– Vraiment ? Pour combien de temps ? Réponds-je poliment.
– 5 jours ! Et c’est la première fois depuis sa création il y a près d’un siècle et demi que cette compétition ne se tient ni en Angleterre ni en Australie !
– Incroyable, mais où donc alors ?
– A Cardiff.

Merveilleux. L’humour britannique…
Oh pardon, je voulais dire, l’humour anglais !

Encéphalogramme plat

7 juillet 2009

Oh ca, je vous entends d’ici, cela ne vous étonne guère, vu que je poste sur mon blog avec une régularité qui ferait honte même a un cacique du PS cherchant des idées pour une plateforme commune des partis de gauche. C’est ainsi, je suis oc-cu-pé.
Occupé a plein d’autres choses en ce moment (si seulement je pouvais utiliser l’excuse d’avoir pris des vacances pour expliquer mon blog en jachère. Mais non, rien du tout, seulement 9 jours out sur les derniers 11 mois… « travailler plus pour vivre moins » qu’ils disent de ce coté de la Manche !).

Du coup, c’est certain la courbe de fréquentation de ce blog ressemble furieusement a celle de ma production de billets: encéphalogramme plat. (Qui a dit que même lorsque j’écrivais, c’était déjà bien éloigné des cimes himalayesques ? Vacharde, tu ne perds rien pour attendre, C.).

Cela étant, on ne peut pas dire que vous m’ayez beaucoup aidé. Enfin quand j’écris « vous », je veux dire, « vous » qui auriez pu me lire et qui n’êtes pas venus sur ce blog.
Certes, j’ai pâti de la concurrence scandaleuse d’un blog homonyme au contenu autrement plus brillant que le mien (lien sur la colonne de gauche), mais si je commence a me plaindre, ou allons-nous ?
Apres un départ bien lent, les choses sont allées de mal en pis. 818 visites en 6 mois, soit 6 visiteurs par jour en moyenne. Autant dire, la ruée, la cohue, la bousculade, le mouvement de foule, pour pouvoir lire une prose assez banale (que j’assume).

J’avoue que j’étais pourtant parti avec l’illusion que ce blog pourrait intéresser, que je n’aurai pas besoin d’en diffuser l’adresse a mes amis, dans le secret espoir qu’un jour, ils viennent vers moi en disant « tiens j’ai lu ca, ca te ressemble et tu t’y retrouverais ». Mais, il est certain que puisque je n’écris plus, je ne risque pas de « me retrouver » dans quoi que ce soit !
La durée de vie moyenne d’un blog est semble-t-il de 6 mois. A ce rythme, je commence a me demander si je ne vais pas casser ma pipe très bientôt ! On ne sait jamais, une chute dans l’escalier est si vite arrivée…