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Show me the money !

10 mai 2010

Les bourses remontent ! C’est l’euphorie. Pourquoi ? Parce que l’Union Européenne annonce qu’elle participera aux besoins de financement des pays les plus fragiles et les plus touchés par la crise (les fameux PIGS).
Et parce que, quelques minutes plus tard, la BCE déclare qu’elle va monétiser la dette (en termes moins savants, que la planche a billets allait désormais tourner a plein régime des deux cotés de l’atlantique).
Et les ministres, les serviteurs des nations, de s’auto-congratuler de leur dynamisme enthousiasmant.

Mais est-ce vraiment le moment de se féliciter ? En ces temps troublés, il est urgent de voir un peu plus loin que l’échéance de la séance du CAC a Paris cet après-midi.
Et par-delà les effets d’annonce qui ne rassurent que les imbéciles sans une once de connaissance économique ou même de bon sens, deux questions restent en suspens. Qui paye ? Et pour quoi faire ?

Qui paye ? 750 milliards est le chiffre annoncé pour ce plan de sauvetage. Son financement détaillé est somme toute assez simple. Un partage entre états souverains et FMI, dont les fonds proviennent de ces mêmes états.
Autant dire, un financement lié aux impôts d’un ensemble d’états fortement endettés, confrontés a la plus grande crise économique du siècle, qui fait fondre leurs recettes fiscales comme la neige sur un volcan islandais en éruption. En termes plus simples encore, ces milliards sont financés par la croyance infondée que ces états pourront prélever une richesse que le cycle économique leur refuse depuis 2 ans, et ne semble pas vouloir leur accorder pour encore un moment…
Le signal de la BCE est autrement plus clair. C’est l’inflation qui est de retour. Personne ne payera vraiment, car c’est la valeur de la monnaie elle-même qui va s’étioler. En cédant cette nuit, les Allemands viennent de se garantir une nouvelle crise monétaire comme celles qu’ils ont connues aux lendemains des deux guerres mondiales. Ceux qui payeront sont tous ceux qui ont une épargne en « cash » car celle-ci va désormais perdre de sa valeur très rapidement (étymologiquement, se dé-valuer).
Il est urgent d’acheter de l’or et des actifs tangibles, tant l’Euro n’aura bientôt plus que la valeur des emprunts russes de nos grands-parents.

Pour quoi faire ? C’est la grande inconnue. S’il y a déficit et besoin de financement, c’est qu’il y a dépense publique. Or sur ce point, on nous annonce effectivement des mesures de rigueur, mais rien de précis.
Car au cœur de la crise, une crise du crédit, il y a la défiance des citoyens envers le monde politique. En effet, les classes dirigeantes européennes sont incapables depuis plus d’une génération d’expliquer que l’action de l’état ne peut qu’être limitée. Seule parmi ses pairs, Angela Merkel faisait figure de résistante. Elle a cédé cette nuit, les jeux sont donc faits.
Dans un dernier sursaut, on annonce que l’argent est toujours disponible, comme une matière première toujours plus abondante. Et l’on confirme ainsi le ressentiment de nos concitoyens que l’argent est toujours a portée de main des puissants mais jamais a disposition des plus petits.
C’est faux évidemment, l’argent n’est plus la pour personne, et ce sont de simples abstractions que nos serviteurs pensent pouvoir dépenser…

Ce que les ministres européens ont annoncé cette nuit est une formidable incantation. Celle de marabouts convaincus que le verbe a plus de force que le réel. Mais n’est pas le Seigneur d’Israël qui veut. Les sorciers vaudous de Bruxelles sont en réalité comme le poulet qui continue de marcher alors que sa tête est coupée.

Cette nuit, les ministres de l’Union dansaient comme les courtisans de Versailles aux bals du printemps de 1789. L’avenir n’est jamais écrit, mais il sera ironique aux historiens qui regarderont notre époque d’un œil dépassionné, de voir combien les mêmes causes provoquent souvent les mêmes effets.