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La haine

9 juillet 2010

Apres un long silence qui risque néanmoins de se poursuivre pendant l’été, je reprends ma plume pour vous écrire ce que je crois de plus important aujourd’hui. Pour vous faire part, a vous ma poignée de lecteurs que j’espère fidèles malgré mes propres manquements, de mon malaise.

Et un malaise profond en réalité, tant l’actualité de ces dernières semaines a été chargée. Ce malaise ne découle pas tant du feuilleton politico-financier Woerth-Bettencourt, de l’incurie des joueurs de l’équipe de France en Afrique du Sud, des circonvolutions politiques pour appliquer une rigueur qui craint son ombre, ou des affaires pédophiles qui éclaboussent de boue l’église toute entière…
Non, ce malaise découle bien plus surement de ce que tous ces scandales révèlent en creux. Ce malaise dévoile bien plus surement ce que nous sommes devenus, nous Français, en tant que société. La séquence des actualités de ces dernières semaines et que je viens de décrire est en effet riche d’un enseignement inquiétant: notre société est en proie a la haine.

Haine des Français envers leur équipe de football, adulée, portée aux nues et l’instant d’après trainée plus bas que terre.
Haine des consommateurs envers leur banquiers, craints parce qu’ils ont seuls le pouvoir d’appliquer une rigueur qu’ils se refusent pourtant a eux-mêmes.
Haine des français contre eux-mêmes, banlieues a la fois victimes et agresseurs, centres-villes a la fois fortifiés et assiégés.
Haine des pauvres envers les riches, qui par leur richesse indécente attisent la convoitise de ceux qui souffrent le plus de la crise.
Haine des journalistes envers le pouvoir, tant l’un et l’autre craignent pour leur survie et se portent l’un a l’autre des coups toujours plus aiguisés.
Haine des laïcs sans espoirs envers l’église, porteuse d’un message de paix mais coupable de ses propres errements.
Haine des travailleurs envers leurs patrons, révolte quasi-métaphysique contre ceux qui représentent l’injonction divine qu’il nous faut après tout gagner notre pain a la sueur de notre front.
Haine des électeurs envers leurs hommes politiques, haine farouche dont chaque bouffée supplémentaire fait croire a tort qu’elle a atteint son paroxysme.
Haine infernale des politiques entre eux, haine d’un bord contre l’autre, haine d’un bord en son sein, haine furieuse de voir le pouvoir échapper a son emprise et de voir son jumeau en jouir a sa place.

Cette haine, nous la connaissons bien. Elle parcourt nos livres d’histoire dans ses guerres et ses révoltes, dans ses émeutes et ses répressions, dans ses tyrannies et ses abaissements. Elle est protéiforme. Elle cherche le bouc-émissaire dans les tréfonds de la société. Elle trouve l’ennemi dans nos cousins de l’autre coté du Rhin. Elle dénonce la femme pour le plaisir de la voir tondue et règle ses comptes obscurs et honteux sous le couvert de l’épuration. Elle ferme les portes des convois de Drancy et envoie les bourgeois au Goulag. Elle jouit de sa propre ivresse dans la condamnation d’un innocent et boit inapaisée le sang de ses propres enfants…

Cette crise que nous traversons est une épreuve. Financière. Politique. Morale. Mais la haine de son prochain ne la résoudra pas. La haine ne rend pas justice, elle condamne sans appel et nous laissera amers quand nous aurons déposés nos armes. Nous nous croyons meilleurs que nos grands ainés de nos livres d’histoire, mais c’est une erreur. Nous ne sommes pas pires… et pourtant eux aussi ont commis des crimes, conduit des guerres, mené des innocents aux buchers.

Cette haine, comme regardée en face par le prophétique René Girard, c’est elle qui me met mal a l’aise. On sait a quels excès elle conduit, tant la haine attise la haine. C’est ce cycle de violence de notre société entière que je voudrais pointer du doigt aux quelques passants qui viendraient lire ces lignes.

Réveillez-vous. Retenez-vous. Ne tombez pas dans l’abîme de la colère contre tous ceux qui déçoivent ou échouent. Parlez ensemble, autour de vous. Ne laissez pas la haine aveugle obscurcir votre jugement, le jugement de vos proches… notre jugement de français. Sinon, que nous restera-t-il de notre humanité ?

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