Archive for the 'Première Marche' Category

Encéphalogramme plat

7 juillet 2009

Oh ca, je vous entends d’ici, cela ne vous étonne guère, vu que je poste sur mon blog avec une régularité qui ferait honte même a un cacique du PS cherchant des idées pour une plateforme commune des partis de gauche. C’est ainsi, je suis oc-cu-pé.
Occupé a plein d’autres choses en ce moment (si seulement je pouvais utiliser l’excuse d’avoir pris des vacances pour expliquer mon blog en jachère. Mais non, rien du tout, seulement 9 jours out sur les derniers 11 mois… « travailler plus pour vivre moins » qu’ils disent de ce coté de la Manche !).

Du coup, c’est certain la courbe de fréquentation de ce blog ressemble furieusement a celle de ma production de billets: encéphalogramme plat. (Qui a dit que même lorsque j’écrivais, c’était déjà bien éloigné des cimes himalayesques ? Vacharde, tu ne perds rien pour attendre, C.).

Cela étant, on ne peut pas dire que vous m’ayez beaucoup aidé. Enfin quand j’écris « vous », je veux dire, « vous » qui auriez pu me lire et qui n’êtes pas venus sur ce blog.
Certes, j’ai pâti de la concurrence scandaleuse d’un blog homonyme au contenu autrement plus brillant que le mien (lien sur la colonne de gauche), mais si je commence a me plaindre, ou allons-nous ?
Apres un départ bien lent, les choses sont allées de mal en pis. 818 visites en 6 mois, soit 6 visiteurs par jour en moyenne. Autant dire, la ruée, la cohue, la bousculade, le mouvement de foule, pour pouvoir lire une prose assez banale (que j’assume).

J’avoue que j’étais pourtant parti avec l’illusion que ce blog pourrait intéresser, que je n’aurai pas besoin d’en diffuser l’adresse a mes amis, dans le secret espoir qu’un jour, ils viennent vers moi en disant « tiens j’ai lu ca, ca te ressemble et tu t’y retrouverais ». Mais, il est certain que puisque je n’écris plus, je ne risque pas de « me retrouver » dans quoi que ce soit !
La durée de vie moyenne d’un blog est semble-t-il de 6 mois. A ce rythme, je commence a me demander si je ne vais pas casser ma pipe très bientôt ! On ne sait jamais, une chute dans l’escalier est si vite arrivée…

Passe ton bac d’abord

18 juin 2009

« Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ? ». 
Epreuve de Philosophie, Série Scientifique, Baccalauréat 2009, 18 Juin 2009.

Y a-t-il des questions auxquelles aucune science ne répond ? Puisqu’étymologiquement, la science est la fille du savoir et la mère de la connaissance (en latin la scientia dérive du verbe savoir, scire), se demander s’il y a des questions sans réponses scientifiques, revient a s’interroger s’il existe des questions pour lesquelles aucune certitude n’est possible, puisqu’aucune connaissance n’en serait compréhensible.

Définir la science et ses champs pour s’étonner de la voir restreinte, constitue la première étape spontanée de notre questionnement. Mais il conduit a percevoir que le propre de la démarche scientifique tient moins de la certitude que de l’incertitude, moins du résultat que du cheminement. Si la science est moins la découverte que le processus de dévoilement de la vérité du monde, alors la démarche scientifique offre bien davantage qu’une réponse a toutes nos questions.

In fine, la contradiction de notre interrogation d’aujourd’hui tient donc tout entière dans cette formulation: un questionnement sans réponse témoigne plus surement de la connaissance scientifique, qu’une réponse factuelle qui nous enfermerait dans le réel.

 

1. La science est le discours de la connaissance. (Une réponse cultivée a la question posée).

La science se définit avant tout comme la connaissance de faits avérés, vérifiés, théorisés. Cette science est protéiforme, elle recouvre des domaines historiques (les connaissances anthropologiques et sociales, l’établissement de dates importantes…), de sciences dites « dures » (connaissances astronomiques, physiques, chimiques…) mais aussi pratiques (géographiques, mécaniques, statistiques…). La science cherche a répondre a toutes les questions que l’homme se pose, si elles sont dans le champ du vérifiable.

C’est la science qui permet de savoir que l’on ne pourra pas changer le plomb en or, malgré des masses atomiques presque similaires. Que la marée suit l’influence gravitationnelle de la lune et non la respiration d’un monstre marin mythologique. Que ce n’est pas Vulcain en ses forges qui provoque l’éruption de l’Etna. C’est la science qui nomme le monde dans lequel l’homme évolue, et que ce dernier cherche a décrypter.

Les Incas croyaient que le soleil naissait chaque jour et mourrait chaque soir. Que Phébus en ses cendres exigeait le sacrifice, et qui plus est le sacrifice humain, pour revenir le jour d’après éclairer les Andes de ses rayons a la fois bienfaiteurs et destructeurs. La science est avant tout la réponse a ce sacrifice inutile. Parce qu’elle permet de dissocier le sacrifice humain du lever du soleil. Parce qu’elle édicte le réel, la science fait tomber le masque de l’ignorance ou de la croyance infondée. Elle fige la réalité en dissipant les ténebres des mythes.

 

Mais qu’en est-il alors des questionnements qui ne sont pas quantifiables, pas expérimentables scientifiquement parce qu’ils relèvent d’un autre ordre que le réel « mesurable ». Devons-nous conclure que la science ne peut s’exprimer ? Devons-nous reconnaître l’incapacité de la science par simple « différence d’ordre » ? Puisqu’une démarche rationnelle (et le terme exact qui s’imposerait ici est en fait celui de démarche cartésienne, du nom de celui qui édicte parmi les premiers, en son collège de la Fleche, la pensée scientifique) est sans objet, comment pourrait-elle apporter une réponse a une question qu’elle ne peut exprimer en termes scientifiques ? Ne nous faut-il pas reconnaître que sur l’existence de Dieu, la confiance de mon amante de cette nuit ou la beauté de cette « rose qui fleurit sans pourquoi », la science nous apparait comme muette…

Le scientifique lui-même suggère cette impossibilité de la science. L’astronome Hubert Reeves nous l’explique dans son ouvrage de vulgarisation « Malicorne, réflexions d’un observateur de la nature » (Malicorne étant le nom du village bourguignon de notre astronome québécois). Il raconte comment son esprit peut comprendre les miraculeuses couleurs fauves du soleil couchant, grâce aux équations de Maxwell expliquant la diffraction de la lumière dans les couches de l’atmosphère. Mais il rappelle aussi combien toute cette science est vaine pour décrire, autrement que par un automatisme biologique qui fait horreur a la liberté humaine, le sentiment de beauté et de sérénité devant un tel spectacle.

Le religieux lui-même nous suggère cette infirmité de la science. Dans sa première épitre aux Corinthiens, au chapitre 13, saint Paul ne nous rappelle-t-il pas que « lorsqu’il aurait toute la science de la terre… s’il n’a pas l’amour, il n’est rien » ? Comment la science, dans son cortège d’expérience et de statistiques, dans sa chaine de raisonnements désincarnés, dans ses dogmes et ses encyclopédies, comment la science rendrait-elle compte de cet infini impalpable, immesurable, et pour tout dire, indicible autrement que par la poésie ?

 

2. La science n’est pas tant le discours du fait, que celui du doute. (Une réponse philosophique a la question posée).

Cette aporie d’une science muette, incapable de répondre a certaines questions, repose d’abord sur l’hypothèse biaisée que les sciences, la science, parlent seulement de certitudes et de faits. Or, la manière même que la science a de croitre et grandir, contredit cette idée. Le propre de la démarche scientifique est en effet non pas la connaissance, mais la vérification. La vérification des hypothèses posées, des processus expérimentés et des conclusions formulées. C’est de la possible remise en question de ces faits, de leur réplicabilité et, pour tout dire, de leur falsifiabilité, que la science tire son fond.

Etonnamment, il apparaît ainsi que la science n’est pas le langage du certain mais de l’incertain, ni du connu mais de l’inconnu. Qu’elle porte en germe sa propre contradiction, comme incluse des l’origine dans son nom. Qu’elle est la connaissance de son imperfection avant d’être la perfection de la connaissance. Cette théorie de la remise en question permanente, informée par Karl Popper, permet de voir dans cette démarche scientifique un fondement même de la société démocratique en ce qu’elle est une société ouverte a la contradiction.

Si ce n’est plus la découverte scientifique qui fonde la science, mais la possibilité sans cesse renouvelée que cette découverte est a disposition, alors la science apparaît alors non plus comme la connaissance mais comme la méthode qui amène a sa découverte.

 

Si l’on admet que la science n’est plus une simple connaissance, mais bien davantage un processus de compréhension, alors la question de savoir s’il demeure des questions sans réponses scientifiques devient tout autre. Il y a dans l’image du sacrifice humain pour la renaissance du soleil que j’évoquai au début, une image très forte. Celle que l’ignorance, et dans le cas d’espèce l’ignorance religieuse, sacrifie l’homme a la superstition. La science est dans ce cas la délivrance de l’homme de sa propre limitation.

Toute la connaissance scientifique n’a d’autre but que d’arracher l’homme a la superstition ou, ce qui revient au même, aux préjugés. Une superstition qui n’est pas monolithique, mais qui évolue avec le temps. Nous rions des peurs millénaristes du moyen-âge, mais continuons de trembler au passage de l’an 2000. Nous moquons les danses macabres exposées dans nos musées, mais fuyons devant les premiers symptômes d’une grippe mexicaine…

Si l’on perçoit la science, les sciences, comme la clé d’un monde en perpétuel changement, alors la science est non plus la réponse factuelle, mais la méthode pour résoudre les énigmes qui se présentent toujours a nous. La science peut répondre a toutes les questions, non parce qu’elle aurait toutes les réponses. Mais plutôt parce qu’elle libère l’homme de ses propres croyances, de ce qu’il pensait savoir et qu’il ne faisait que poser pour réel sans fondements.

 

3. La science est l’humanité dans son questionnement et ses errances (Une réponse poétique a la question posée).

Mais monter la science au rang d’outil omnipotent serait s’illusionner sur l’homme même. L’efficacité scientifique ne tient pas a sa force, mais a sa faiblesse, qui est le doute systématisé. Eriger en dogme la science, c’est risquer de renverser les moyens, inverser le rapport d’une connaissance au service de l’homme. Les horreurs indicibles des expérimentations scientifiques du IIIeme Reich témoignent de la violence d’une science imposée a l’homme plutôt que révélée dans la vérité de son message.

Il n’est pas impossible, après tout, que la science soit le désenchantement du monde mais aussi une idéologie de remplacement. Dans cette optique, on perçoit bien comment réclamer une réponse factuelle, scientifique, a toutes nos questions ne serait peut-être que l’autre nom de notre retour a l’esclavage. De notre désir profond de croire que tout est quand nous sommes réduits a exister, réduits a faire advenir du sens, par tous les moyens, dans un monde pourtant absurde où le sens se dérobe autant a la mesure scientifique qu’a la tentative de rationalisation par la science.

Notre réflexion pourrait alors conclure ici sur l’abyssale dichotomie entre science et philosophie, entre science et religion, entre scientia et sapientia, et reprendre a notre compte l’idée simpliste que la science établit des faits, mais qu’elle s’avère incapable de générer des explications. Que les sciences répondent au « comment » des choses sans jamais effleurer leur « pourquoi »…

 

L’opposition de la science et du religieux, en tant qu’il traite des choses immanentes a ce monde, est un poncif bien connu. Au-delà de cette opposition convenue, et de sa résolution non moins convenue par l’échappatoire d’une différence d’ordre, la science nous apprend en réalité, par sa propre faiblesse, a voir en nous notre propre nature. Cette opposition m’apparait stérile car je crois que la science répond a toutes nos questions, mais que nous sommes souvent trop fragiles pour comprendre sa réponse.

Parce qu’elle est avant tout cheminement, la pensée scientifique nous adresse par ses réponses bien plus qu’une liste de faits, de dates ou de certitudes consignables dans un livre dont la lettre serait morte. La science nous offre au contraire son plus grand trésor, son esprit : une soif de compréhension du monde et de coïncidence de l’homme a lui-même.

Il est d’usage de définir la philosophie par l’aphorisme selon lequel « la chouette de Minerve prend son envol a la tombée de la nuit », témoignant ainsi de ce que la pensée philosophique, au sens premier terme du terme, d’amour de la sagesse, n’apparaît qu’a posteriori de la contemplation et de réflexion. Mais c’est aussi que la science a été le soleil qui nous a éclairés au plus haut du jour… « Midi, son peuple, ses lois fortes. L’oiseau plus vaste sur son erre voit l’homme libre de son ombre, à la limite de son bien » chante le poète.

C’est que la science est le discours de l’humain, et de son accouchement au monde. Il n’est pas de questions sans réponses de la part des sciences, fussent-elle une réponse de leur humble ignorance. Il y a une réponse de la science a toutes les questions, et celle-ci est parfois la simple coincidence de l’homme a son propre questionnement. Il y a une réponse des sciences a toutes nos questions, puisque la science est le cheminement par lequel nous advenons au monde des lors que nous avons décidés de le comprendre et de le faire nôtre.

 

 

Lorsque la science manque a ses propres réponses, lorsque les sciences manquent a leurs propres procédés, elles ne continuent pas moins a nous indiquer leur immense trésor: être nous-mêmes en vérité et non en croyance. C’est que la science n’est jamais que l’autre nom de cet amour pour le visage de chair d’un prochain qui nous invite a ouvrir les yeux avec lui, là où l’absence de science nous aurait conduit a ne voir qu’une idole de pierre que nous nous apprêtions a marteler pour la défigurer.

Que nul ne peut dénombrer

14 avril 2009

D’abord, il y a la foule. Sur la place, aveuglé par le soleil du printemps, elle s’impose a moi et me bouscule malgré l’absence de contact. Bigarrée, bruyante et amorphe, elle est étrangère a mes préoccupations de ce jour.
Je cherche des yeux la file qui me permettrait de la fuir et de me faufiler enfin au cœur de ma semaine. Je titube quelques instants, saoulé de la hauteur du tympan, ébloui de la blancheur des tours qui dominent la ville. Et puis, d’un coup, je pénètre l’éclatante noirceur de la nef.

Dans ce laps de temps très court, pendant lequel mes yeux s’habituent a l’obscurité, je l’entends a nouveau. J’entends ses pas de boiteux sur la pierre millénaire. Sur ce sol qui charrie la grande procession des morts qui se savent vivants.
J’entends le pèlerinage de ceux qui ont traversé les eaux plus surement qu’ils ont franchi la porte de la cathédrale. J’entends ces versets annoncés dans tant de langues différentes, écoutés par chacun en son âme.

A nouveau, la foule est la. Feutrée et mouvante, elle avance vers le chœur. En file indienne, a travers les piliers, dans cette obscurité, est-elle si différente de sa comparse de l’autre coté des portes ?
Comme moi, elle est venue parce que ce Vendredi n’est pas un jour comme les autres. Elle est moins venue pour elle-même que pour un Autre. Pour L’aider dans Son chemin, sur la route des douleurs.

C’est la foule des anonymes qui sont venus faire allégeance a leur Roi, malgré leur infidélité, malgré leur inhumanité.
L’un après l’autre, chacun vénère une couronne de joncs tressés, présentée sur un coussin de pourpre. L’un après l’autre, les textes sacrés résonnent dans la lumière des vitraux.
Devant moi, un père prie avec ses deux enfants. Ils ne doivent pas avoir plus de sept ans. Savent-ils pourquoi ils sont la ? Savent-ils pourquoi ils s’agenouillent, sagement, a la douzième station ? Comprennent-ils ce qui se joue quand le temps se suspend et que tous, en silence, supplient le Père d’accorder le salut au monde ?

Mais le sais-je vraiment moi-même, lorsque, ressortant sur le parvis, la lumière s’est changée en pluie fine qui se mêle a mes larmes ?

Ashes

25 février 2009

Aujourd’hui, les gens me regardent bizarrement dans le métro. Leurs regards s’appesantissent davantage que d’habitude sur moi. Ils me dévisagent d’une manière que je reconnais, gêné et fier a la fois. Sans doute est-ce du a cette tache grisâtre sur le front ? Dans l’ancienne capitale de l’Empire des Indes, il certain que le rouge est davantage a la mode.

Mais non, aujourd’hui, c’est une marque grise, sur la tête de cet inconnu qui parcourt son trajet quotidien. Du gris léger de ces cendres qu’un prêtre a déposées ce matin sur mon front, en me rappelant que tout passe et que, comme les autres, je finirai en poussière.

En poussière. En poussières de cette même argile stérile dont nous sommes tous faits, et a laquelle nous retournerons tous. Alors quelle importance, vraiment, que les bonus des traders, les excès de la veille, et la journée sans pain que je m’apprête a passer ?

Puisqu’en poussière, je retournerai. Et tous les miens avec moi. Tous dans le ressac des vagues de novembre. Tous dans l’air impalpable que le vent fouette a nos visages de falaise. Tous dans le petit cimetière de Bretagne ou le soleil du soir vient doucement déposer cette lumière sans pareille qui constitue notre unique trésor.

C’est cette lumière-la, que dans les gris nuages que je porte a mon front, j’aimerai garder en moi pour le reste du jour.

Sur la première marche

11 février 2009

Je suis en bas. 

Il y a longtemps que j’hesite a poser le pied sur cette premiere marche. A prendre l’escalier.

Qui sait exactement jusqu’où il monte ? Peut-être vais-je m’égarer dans les étages ? Pourtant c’est un risque a prendre, non ?

J’en ai lu des blogs avant celui-ci, « mon » blog. J’en ai écrit des billets envoyés a des amis encourageants, qui me conseillaient de les « publier ». J’en ai posté des commentaires, sur des blogs les plus respectables. 

Alors, ce soir, puisque la décision est prise, montons ensemble l’escalier, voulez-vous ?