Ut Unum Sint… Le remake ?

21 octobre 2009

Davantage qu’un billet sur un sujet ardu sur lequel les compétences me manquent, je vous propose une revue de presse, concernant la proposition du Saint Père aux Anglicans « conservateurs » de rejoindre l’Eglise Catholique. (L’adjectif « conservateur » est absolument discutable, mais c’est celui qui vient le plus facilement a l’esprit).
Je pense que cette nouvelle sera peu discutée en France, compte tenu du faible intérêt pour les questions religieuses non polémiques (il n’est ici question ni du voile islamique, ni d’abus de mineurs…).

Cependant, dans un pays ou les Catholiques pratiquants ont dépassé en nombre les Anglicans pratiquants, cette nouvelle est loin d’être aussi insignifiante qu’il n’y parait. Rappelons que le Souverain anglais est aussi le « Défenseur de la Foi » (« Defensor of the Faith » ou « Fidei Defensor ») depuis le schisme d’Henry VIII (bien décidé a quitter Catherine d’Aragon pour enfin avoir un héritier mâle… sans succès).

Cette proposition, qui porte un coup indirect a l’Anglicanisme, n’est donc pas sans impact social ni institutionnel de ce coté-ci de la Manche. L’on comprend mieux devant l’éclatement des communautés anglicanes, la tentative du Prince Charles il y a quelques années d’ériger le souverain en « Défenseur de la foi » (Defensor of Faith) excluant la notion même d’objet pour cette foi !

L’essentiel de ces articles est rédigé en anglais, puisque l’offre vaticane concerne les communautés anglicanes du Royaume-Uni, du Commonwealth et des USA (ou elles prennent parfois la dénomination d’Eglises Episcopaliennes, encore que des nuances seraient a apporter a cette confusion). Je compte mettre a jour cette revue de presse avec les articles les plus pertinents, au cours des jours a venir.

Pour résumer et simplifier presqu’au contre-sens, on retiendra que les « Anglicans Conservateurs » sont invités a rejoindre l’Eglise Catholique sous un régime particulier en matière de culture religieuse, de liturgie et de formation de son clergé. Cette proposition vient consacrer l’éclatement entre les communautés libérales et conservatrices anglicanes, dont les points de tension interne sont -en autres- l’ordination de femmes (prêtre ou évêque) ou des sujets de nature morale (divorce ou comportements sexuels).

Dans un souci d’information, on retiendra avant lecture que les communautés Anglicanes sont aujourd’hui dirigées par le révérend Dr Rowan Williams, personnage controversé pour ses prises de positions audacieuses, notamment en matière de communication, et son incapacité a réduire des fractures grandissantes au sein de son Eglise.

http://www.catholicherald.co.uk/articles/a0000669.shtml
http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/faith/article6883151.ece
http://www.timesonline.co.uk/tol/comment/faith/article6883609.ece
http://www.archbishopofcanterbury.org/2572#
http://www.nytimes.com/2009/10/21/world/europe/21pope.html?th&emc=th
http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/22/01003-20091022ARTFIG00008-le-vatican-ouvre-ses-portes-aux-anglicans-mecontents-.php


Droite d’hiver

13 octobre 2009

Ou « Pourquoi je ne voterais pas en faveur de la droite actuelle lors des prochaines élections et pourquoi je m’apprête a appeler autour de moi a en faire tout autant ».

Je sais bien, moi non plus, je n’aurai jamais cru cela de moi. Un appel a ne pas voter a droite. Moi qui ai toujours voté comme un bon soldat depuis ma majorité il y a 15 ans… Ne plus voter a droite ? Mais pourquoi ? S’agit-il d’une soudaine conversion a l’idéologie communiste ? A la révolution Besancenotiste ? Ou, pire encore, a la séduction centriste ou a la tentation extreme-droitiste ?
Que nenni ! J’appelle a ne plus voter pour la majorité actuelle car je crois sincèrement que c’est aujourd’hui la seule manière de voir les valeurs de Droite gouverner notre pays.

La contradiction n’est qu’apparente: depuis 2 ans et demi l’actuel gouvernement qui se prétend de droite, n’a fait qu’appliquer des actions en contradiction avec les convictions de son électorat. Les exemples sont nombreux, autant économiques (non remise en cause des 35 heures, réforme a minima des problématiques de retraites, explosion de la dette publique) que politiques (réforme des collectivités locales, ouverture a gauche, relativisme moral).
Je sais bien que militer c’est adhérer a une cause imparfaite. Mais le hiatus entre les actes et les valeurs m’apparaît tel qu’il m’est impensable de ne pas réagir.
Pour ma part, la nomination récemment annoncée de Jean Sarkozy a la tête de l’EPAD constitue la bêtise de trop. Celle qui prouve le souverain mépris de notre gouvernement pour ses électeurs. Et c’est elle qui me pousse aujourd’hui a rédiger ce billet.

Je sais pertinemment l’utilité politique de cette nomination de convenance, magistralement éclairée par Authueil, ici. Néanmoins, je m’insurge, car elle montre un peut trop crûment le fonctionnement d’une mandature qui n’a que faire des valeurs que ses électeurs lui ont confiées. Comme je l’ai écrit par ailleurs, il m’est difficile de lire dans cette nomination népotique, l’apologie des valeurs de travail, de mérite ou d’efficacité que l’UMP cherche a brandir dans la société française d’aujourd’hui.

Alors il est temps d’agir. Parce que je crois que l’action politique ne saurait être jugée (c’est-à-dire appréciée ou sanctionnée) que par le vote, il faut saisir cet instrument en notre faveur.
Et menacer, crument, violement, de ne pas voter demain tant que les actes d’aujourd’hui ne seront pas en conformité avec nos valeurs de toujours. Et se mobiliser, et mobiliser autour de nous, pour annoncer que l’on ne laissera pas impunie une telle incurie.

Jean Sarkozy est sans doute un bon garçon, et surement un bon fils, mais puisqu’il apparaît inconcevable qu’il occupe la présidence de l’EPAD, ce sera notre premier combat pour nous faire entendre.
Soit ce poste est honorifique, et dans ce cas, je souhaite qu’on le supprime, en illustration de la réforme d’un état pléthorique. Soit il est d’influence, et dans ce cas, il doit revenir a une personnalité politique dont l’expérience et la légitimité sont indiscutables.
Dans les deux cas, Jean Sarkozy ne saurait occuper ce poste.

Je sais que c’est un combat illusoire, et dangereux sans doute. Parce que la manœuvre vise au cœur du système : par le nom, par l’argent, par le compromis… pour tout dire, par le sang. Mais la fin du mépris des valeurs de Droite par un gouvernement qui s’en réclame, passe par ce bras de fer symbolique.
Si nous le perdons, il nous faudra alors nous résoudre a ne pas voter demain pour les menteurs qui abusent de notre crédulité et de notre lâcheté pour survivre au cœur d’un pays en lent déclin.

Je ne sais que trop bien que cet appel prend le risque de voir gagner une équipe de Gauche aux prochaines élections. Cependant, au-delà du fait que je n’ai jamais vu en des « adversaires » politiques des « ennemis » de la Nation, je crois que le remplacement d’une génération d’hommes politiques incapables de mettre leurs actes en cohérence avec leurs convictions est de nature a améliorer le pays a long terme.

« Gouverner, c’est prévoir » dit-on, et la réussite est une entreprise de long terme. L’action politique a ses hauts et ses bas, et même si elle ne vit pas toujours sur les sommets, il n’est pas non plus une fatalité qu’elle s’abîme dans la bassesse.
C’est pourquoi il faut avoir confiance en notre pouvoir démocratique pour réclamer notre part de la vie politique du pays, au risque que la coïncidence de nos convictions et de l’action politique prenne plus de temps. C’est qu’il faut parfois prendre le risque de traverser l’hiver pour voir éclore le printemps.


Foutage de Gueule

12 octobre 2009

Pour faire suite a l’affaire « Jean Sarkozy », quelques citations amusantes d’une interview entre Xavier Bertrand, patron de l’UMP, et le journal Le Parisien, tirées de l’article suivant :
http://www.leparisien.fr/politique/xavier-bertrand-l-affaire-mitterrand-est-terminee-12-10-2009-670997.php

Citation:
– XB : Plus que jamais, nous devons montrer aux Français que nous restons concentrés sur leurs priorités, fidèles à nos valeurs. […]
– LP : Quelles sont ces valeurs ?
– XB : Le travail, le mérite, l’effort, l’entreprise […].

Et un peu plus loin :
– LP : Dans notre journal hier, l’ex-juge Eva Joly a dénoncé l’accession prévue de Jean Sarkozy à la tête de l’établissement gérant le quartier d’affaires de La Défense…
– XB : Que souhaiterait-elle, le condamner à l’exil parce qu’il s’appelle Jean Sarkozy ? Le début du parcours de Jean est dû à une seule chose : l’élection. Il n’y a rien de plus noble que la confiance des électeurs. Voilà sa légitimité et, aujourd’hui, il veut se consacrer à fond à son département.
Fin de citation.

Mon Dieu, quelles couleuvres doit-on avaler lorsque l’on est homme politique ! Ou alors, quelle souplesse d’échine dans les convictions… Je crois que je préfère encore que l’on reste droit dans ses bottes quand tous vous tombent dessus.


Non mais ca va pas bien ?

8 octobre 2009

Un coup de gueule en réaction a la nouvelle selon laquelle Jean Sarkozy deviendrait le patron de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Défense (l’EPAD).
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/08/01011-20091008FILWWW00385-jean-sarkozy-patron-de-la-defense.php

Oui vous avez bien lu : l’on parle de Jean Sarkozy, 23 ans, sans diplôme connu, sans scolarité d’exception, ni expérience professionnelle majeure ou prolongée (ce qui n’est pas déshonorant compte tenu de son âge) qui prendrait la direction de l’organisme public gérant la plus grande zone économique d’Europe…

Une zone dont les problématiques sont telles que le dernier rapport en date sur le sujet a requis les compétences d’un Préfet, Directeur d’une des plus grandes administrations centrales de France, alignant une trentaine d’années d’expérience professionnelle sur les problématiques d’aménagement du territoire, et toute une carrière au service de la Nation…

Une zone dont l’importance est telle qu’elle était dirigée jusqu’à présent par un ministre (un serviteur de la nation, au sens premier du terme) Patrick Devedjian dont on peut penser ce que l’on veut a titre politique mais dont la légitimité ne parait en aucun cas questionnable…  

Mais que se passe-t-il en France aujourd’hui ? Je suis assez lucide pour savoir que le pouvoir a ses passe-droits et ses faveurs, ils ont toujours existé et il n’est ici question ni d’appartenance politique, ni de nature de régime politique pour les constater (et les déplorer).

Mais qu’aux vues de tous, pour des considérations qui ne sont même plus de l’ordre de la chose politique (dans une manœuvre d’une bassesse hideuse, dans le but de plaire au Président – car je n’ose imaginer qu’il ait lui-même demandé qu’il en soit ainsi), l’on mette a la tête de l’un des établissements les plus importants d’Europe un jeune homme dont le seul atout est d’avoir des ambitions et de porter le nom de son Père…  je crois que j’en rirais si ce n’était pas autant a pleurer !

Puisqu’il faut qu’un Blog serve a quelque chose, je prends ici l’engagement solennel, si Jean Sarkozy est nommé a la tête de l’EPAD lors de son prochain Conseil d’Administration le 4 Décembre 2009, de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy a la prochaine élection présidentielle, ni au premier ni au second tour.
Et je vous certifie que je dépenserai toute mon énergie d’homme de droite pour convaincre tous et toutes autour de moi d’en faire autant.

Addendum, en date du 13 Octobre 2009:
Rue 89 attire notre attention avec un formidable article pour nous dire que Nicolas Sarkozy lui-meme dit notre indignation bien mieux que nous:
http://www.rue89.com/mon-oeil/2009/10/13/nicolas-sarkozy-contre-la-nomination-de-son-fils-a-lepad
Finalement, la raison reprendrait-elle ses droits ?


Affaires de Justice

28 septembre 2009

Béotien du droit (sauf celui des épais contrats que je suis parfois amené, bien malgré moi, a relire en détails pour y traquer la petite erreur sournoisement tapie dans une clause indigeste), l’actualité m’amène a essayer de mettre en parallèle quelques affaires judiciaires récentes pour faire ressortir deux caractéristiques qui me paraissent assez inquiétantes pour notre justice, et partant, notre démocratie.

Le premier de ces traits est la « victimisation » de la justice.

Depuis quelques années, la France a vu se développer une tendance selon laquelle le tribunal doit, en plus de sa fonction de juge, offrir une tribune pour satisfaire le besoin de reconnaissance des victimes.
Une illustration « théorique » de cette exigence de reconnaissance tient dans le projet de loi de faire comparaitre pénalement des accusés irresponsables (psychologiquement ou mentalement) dans ce qui ne pourrait être qu’une parodie de procès (puisqu’un procès ne saurait advenir légitimement que s’il y a responsabilité des parties).

Pour autant que ce besoin d’écoute soit en soi respectable, il me parait dangereux que la Justice soit le lieu institutionnel de la satisfaction de cette demande. En réalité, le tribunal est essentiellement, et d’une certaine manière exclusivement, là pour « juger au nom du peuple français ». C’est-a-dire pour établir les torts, les redresser et couper court a toute vendetta personnelle.
Ceci ne signifie pas que les arrêts, jugements et condamnations ne sauraient satisfaire les victimes, mais que leur satisfaction complète ne saurait être le moteur intrinsèque et unique de notre Justice.

Au travers de deux affaires très fortement médiatisées, l’actualité nous fournit deux exemples plus « pratiques » de cette tendance et des dérives qui en découlent.

La première affaire est évidemment l’affaire Clearstream. En dénommant les prévenus de cette affaire comme « coupables », dans un lapsus malheureux et sans doute pardonnable au regard du décalage horaire et des pressions d’un meeting international, le Président fait preuve de l’engagement dont on le sait coutumier (car, après tout, quelle partie civile ne serait convaincu de la « culpabilité » de ceux qu’elle traine en justice ?).
Mais en l’espèce, le soupçon d’instrumentalisation de la justice par la victime tient évidemment aux responsabilités du plaignant dans la République… plus que n’importe quelle autre, cette affaire souligne le décalage possible entre l’indépendance de la justice et le désir de reconnaissance d’une partie civile qui réclame (très probablement a juste titre) de voir son préjudice reconnu.

Si la première affaire tient de la farce politique, la seconde affaire tient de la tragédie sociale puisqu’il s’agit du procès Halimi. Sans préjuger de ma position sur l’atrocité des crimes commis dans cette hideuse affaire, force est de constater que l’appel du Parquet dévoile également cette tendance de personnalisation de la justice.
Non qu’il ne soit pas justifiable (c’est le droit inaliénable des victimes que de trouver que la peine prononcée est trop faible au regard des crimes commis) mais parce que cet appel fait ressortir la contradiction même d’une justice qui aurait « fait son travail » (avec toutes les méandres que ce type de jugement nécessite) et qui pourtant se désavouerait elle-même sous la pression des victimes.

Le second de ces traits est le mépris même du procès.

Théoriser cet aspect m’est assez difficile, tant mes activités quotidiennes sont éloignées de celles du monde judiciaire.
Il me semble pourtant pouvoir lire dans la société cette tendance effrayante, comme si l’exigence de reconnaissance des victimes avait provoqué en miroir un besoin de clémence envers les accusés, au point d’en venir a haïr jusqu’au principe fondateur du jugement.
Comme si l’exigence de reconnaissance des victimes avait généré en double hideux un besoin de reconnaissance des circonstances, circonstances telles quelles permettraient a l’accusé même de se prémunir du cours de la justice.

Ici aussi, l’actualité nous fournit deux exemples « très pratiques » de cette tendance et des dérives qui en découlent.

L’exemple le plus récent est l’affaire Polanski qui défraye actuellement la chronique. Bien incapable de me prononcer sur les faits, la procédure ou même les circonstances, je ne peux que constater l’appel de certains hommes politiques ou de personnalités culturelles françaises a s’affranchir de l’espace judicaire lui-même.
En prêchant pour la remise en liberté de Roman Polanski, c’est le fondement même du jugement qui est remis en question. Comment croire en effet que la Justice puisse s’accomplir si elle « ne passe pas » comme le veut l’expression coutumière ?
C’est le procès, pour autant qu’il soit équitable (c’est-à-dire contradictoire et basé sur des lois qui ne seraient pas iniques), qui est seul a même de dire le juste de l’injuste. C’est en privant Roman Polanski d’un tel procès, et a vrai dire, en se privant lui-même de cette procédure, que la justice s’affaiblit.

A relire les déclarations outrées et les appels a la remise en liberté, comment ne pas se remémorer l’affaire Battisti ? Comment ne pas s’étonner, une fois de plus, que les partisans farouches de la justice (certes sociale) soient ceux qui demandent le plus fort a la voir bafouée en exemptant un suspect d’un procès seul a même de faire toute la lumière et de juger ?

Puisque l’affirmation selon laquelle les tribunaux italiens ou américains seraient dictatoriaux ne tient pas une seconde et ne ferait a vrai dire pas honneur a notre lucidité, on peut se demander sur quelle légitimité morale s’appuie l’exigence d’une clémence injuste puisqu’infondée ?
La seule clémence « juste » ne saurait être que celle rendue par un tribunal qui déciderait, au delà la véracité des accusations, de faire preuve de clémence. Ou par une grâce présidentielle, qui serait alors d’un autre ordre, un ordre politique.

 

C’est parce qu’il déplace le point d’équilibre du juge vers la victime, que le mouvement de personnalisation de la justice me parait maladif. Intrinsèquement, il entre en contradiction avec l’axiome qui veut que ce ne sont pas les victimes qui rendent justice mais bien l’ensemble du peuple français.

C’est parce qu’il cherche a réduire le périmètre du jugement par un a priori favorable mais illégitime que le mouvement d’exemption du procès me parait inquiétant. Intrinsèquement, il entre en contradiction avec l’axiome qui veut que la justice s’applique a tous, non pas nécessairement par la même condamnation, mais au moins par les mêmes juges.

Tiraillée entre l’exigence de reconnaissance des victimes et la demande de clémence, je crois que notre justice bataille aujourd’hui pour défendre son rôle démocratique contre des ennemis qui avancent plus déguisés que jamais sous le couvert de la bonne conscience.


Hymne National

10 septembre 2009

Lu aujourd’hui dans Libération a l’occasion du match France-Serbie : « les choses avaient plutôt bien commencé dans la soirée avec un [stade de] Marakana pas si agressif que ça, qui a applaudi la Marseillaise ! ».
http://www.liberation.fr/sports/0101590040-les-bleus-evitent-le-crash

Je sais bien que je suis un vieux con réac malgré mon âge (encore) raisonnable, mais je n’en reviens pas que le journaliste s’étonne. Qu’il y a-t-il d’extraordinaire a applaudir l’hymne de l’équipe concurrente ? A lui témoigner un respect dû, a l’occasion d’une rencontre sportive, et donc amicale par définition ?

Evidement, cet éclat de dignité surprend puisque l’on a perdu en France jusqu’à sa notion même… Il y a quelques années, dans les tribunes officielles (qui plus est réservées au personnel du ministère de la Défense) du Défilé du 14 Juillet, l’on m’avait demandé d’une manière peu amène de me rasseoir au passage des Couleurs, sous prétexte que « l’on ne voyait plus rien ». Pour qui me prenais-je exactement a me lever au passage de notre Drapeau ?
Moins confidentiellement, notre hymne national n’est-il pas régulièrement sifflé, par nos propres concitoyens ? Les motifs ne manquent pas selon eux : un état policier, un héritage colonialiste écœurant, une société de classe qui ne dit pas son nom… Comme si une partie de la France vomissait l’autre (« Ma France a Moi » chante d’ailleurs Diam’s, dans un excès d’appropriation). Peu importe après tout que leurs motivations, qui tiennent souvent davantage de la provocation que de la conviction !

Alors que des étrangers (1) applaudissent, dans un geste de respect d’une nation amie mais concurrente sur le terrain de foot, voila qui a de quoi surprendre un journaliste ! A fortiori, un journaliste de Libération, journal qui a tant contribué a affaiblir l’image même d’une France respectueuse et respectable dans l’esprit de ses lecteurs…

Ce respect de la nation adverse, mais non adversaire, n’est-ce pas d’ailleurs l’un des exemples de cosmopolitisme que l’on reprochait récemment a Bernard Kouchner ? Le reproche de se lever pour l’hymne anglais mais de prêter moins attention a la Marseillaise (2) ? (Une conduite touchante il est vrai, tant notre hymne national est copieusement sifflé dans les pubs londoniens lors du tournoi des 6 Nations… mais enfin, passons, si l’on commence a régler notre conduite sur celle des Anglais, nous n’en sortirons pas).

Il était un temps ou la grandeur de la France était de se poser en phare des pays, non par prétention a dicter leur conduite, mais en leur offrant un modèle de civilisation a suivre. En son temps, cette vision politique a rayonné jusqu’en Europe centrale. Et l’attitude des spectateurs Serbes d’hier soir en est peut-être un écho assourdi, comme le reflet de la lumière d’un astre éloigné, que l’on perçoit encore de loin, alors que sa source s’est tarie depuis longtemps.

(1) Et des étrangers avec lesquels nous étions presque en « situation de guerre », il y a quelques années a peine, quand nos troupes patrouillaient en ex-Yougoslavie pour la force d’interposition K-FOR.
(2) Dans le livre de Pierre Péan, « le Monde selon Kouchner ». Source: http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/02/04/kouchner-les-passages-contestables-du-livre-de-pean.html


Inglourious Tarantino

8 septembre 2009

Non non, j’ai toujours un travail a la City et je n’exerce pas un nouveau métier de critique cinématographique. Mais j’ai a vous parler du dernier Quentin Tarantino, « Inglourious Basterds ». Je suis sorti de sa projection samedi avec un sentiment pour le moins négatif, dont j’aimerai vous parler.

Du point de vue de la réalisation, rien a dire, le réalisateur apparaitra au sommet de son art, pour ceux qui aiment ce style qui frôle souvent la juxtaposition de clichés, dans les mises en scènes comme le jeu des acteurs. Plongées et contre-plongées, arrêts sur image et voix off, éclairage et mise en scène, tout est impeccable. Formidable également, les acteurs, avec une mention spéciale au Colonel SS, absolument remarquable par sa présence a l’écran et son travail sur un personnage de méchant que l’on adore détester.

A vrai dire, ce qui me pose problème avec ce film, c’est cette violence, crue comme rarement, a laquelle je refuse de m’habituer même dans les œuvres de Tarantino. Cette fascination pour la violence me parait a vrai dire d’autant plus maladive qu’elle est ici inclue dans un scénario qui tend au révisionnisme et a l’apologie de la barbarie. Car c’est en fait la véritable thèse de ce film : face a la barbarie nazie, la barbarie alliée aurait été plus efficace.

J’ignore si c’est l’opinion réelle de Tarantino, mais force est de constater que c’est celle qui est présentée a l’écran, puisque les deux principaux méchants du film sont punis en dehors de toute légalité (Hitler et sa suite, mitraillés ; et le Colonel SS, marqué du sceau indélébile de l’infamie qu’il a servie). Dans les deux cas, le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas a nous montrer sa jouissance devant une justice aussi implacable: en filmant avec un soin méticuleux la mort d’Hitler représentée avec une violence compulsive; et zoomant en gros plan sur la scarification du Colonel, qualifiée de chef d’œuvre par le « héros », Brad Pitt, (ce sont d’ailleurs les dernières paroles du film).

Que Tarantino se permette des libertés avec l’histoire, c’est acceptable. Je ne suis pas certain de trouver cela sympathique, mais après tout si un réalisateur a envie de traiter une histoire de chef de bande dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, pourquoi pas. Ce que je trouve inacceptable et indigne en revanche, c’est de suggérer que la barbarie puisse avoir été non seulement du coté Alliés, mais qu’elle aurait été au final bien plus efficace pour achever la guerre.

A défaut de l’apprécier, il faut au moins reconnaître a Tarantino le mérite de mettre le doigt où cela fait mal, et de pointer nos propres contradictions. Combien étions-nous dans la salle a rire ou prendre plaisir dans la punition du Colonel, qui nous indignerions des infamies de Gantanamo ? Combien étions-nous dans la salle a voir que le peu de noblesse des personnages a l’écran étaient réservé aux nazis (l’officier massacré a la batte de baseball, le sniper d’une courtoisie sans faille, le jeune père allemand fidèle a sa parole, le Colonel Landa faisant preuve d’honneur pour sauver l’un de ses hommes) ?

D’une certaine manière, la sensation qui prédomine a la sortie d’Inglourious Basterds, c’est l’impression d’avoir été sali par une violence assumée, en contradiction la plus profonde avec ce que l’on croit, et qui se présente sous une apparence d’autant plus séduisante qu’elle cible celui que notre société a pris pour l’incarnation du Mal, a savoir Hitler et le nazisme.

Je crois pour ma part, que Tarantino pointe directement (bien que très inconsciemment) cette répugnance en nous montrant le deal que Colonel SS conclut pour sauver sa peau. Car en réalité c’est ce deal même, que l’on trouve instinctivement obscène, que Tarantino nous a proposé tout le long d’ « Inglourious Basterds »: de nous abandonner a notre barbarie pour satisfaire notre pulsion de haine envers l’Ennemi par excellence de notre mythologie moderne.