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La haine

9 juillet 2010

Apres un long silence qui risque néanmoins de se poursuivre pendant l’été, je reprends ma plume pour vous écrire ce que je crois de plus important aujourd’hui. Pour vous faire part, a vous ma poignée de lecteurs que j’espère fidèles malgré mes propres manquements, de mon malaise.

Et un malaise profond en réalité, tant l’actualité de ces dernières semaines a été chargée. Ce malaise ne découle pas tant du feuilleton politico-financier Woerth-Bettencourt, de l’incurie des joueurs de l’équipe de France en Afrique du Sud, des circonvolutions politiques pour appliquer une rigueur qui craint son ombre, ou des affaires pédophiles qui éclaboussent de boue l’église toute entière…
Non, ce malaise découle bien plus surement de ce que tous ces scandales révèlent en creux. Ce malaise dévoile bien plus surement ce que nous sommes devenus, nous Français, en tant que société. La séquence des actualités de ces dernières semaines et que je viens de décrire est en effet riche d’un enseignement inquiétant: notre société est en proie a la haine.

Haine des Français envers leur équipe de football, adulée, portée aux nues et l’instant d’après trainée plus bas que terre.
Haine des consommateurs envers leur banquiers, craints parce qu’ils ont seuls le pouvoir d’appliquer une rigueur qu’ils se refusent pourtant a eux-mêmes.
Haine des français contre eux-mêmes, banlieues a la fois victimes et agresseurs, centres-villes a la fois fortifiés et assiégés.
Haine des pauvres envers les riches, qui par leur richesse indécente attisent la convoitise de ceux qui souffrent le plus de la crise.
Haine des journalistes envers le pouvoir, tant l’un et l’autre craignent pour leur survie et se portent l’un a l’autre des coups toujours plus aiguisés.
Haine des laïcs sans espoirs envers l’église, porteuse d’un message de paix mais coupable de ses propres errements.
Haine des travailleurs envers leurs patrons, révolte quasi-métaphysique contre ceux qui représentent l’injonction divine qu’il nous faut après tout gagner notre pain a la sueur de notre front.
Haine des électeurs envers leurs hommes politiques, haine farouche dont chaque bouffée supplémentaire fait croire a tort qu’elle a atteint son paroxysme.
Haine infernale des politiques entre eux, haine d’un bord contre l’autre, haine d’un bord en son sein, haine furieuse de voir le pouvoir échapper a son emprise et de voir son jumeau en jouir a sa place.

Cette haine, nous la connaissons bien. Elle parcourt nos livres d’histoire dans ses guerres et ses révoltes, dans ses émeutes et ses répressions, dans ses tyrannies et ses abaissements. Elle est protéiforme. Elle cherche le bouc-émissaire dans les tréfonds de la société. Elle trouve l’ennemi dans nos cousins de l’autre coté du Rhin. Elle dénonce la femme pour le plaisir de la voir tondue et règle ses comptes obscurs et honteux sous le couvert de l’épuration. Elle ferme les portes des convois de Drancy et envoie les bourgeois au Goulag. Elle jouit de sa propre ivresse dans la condamnation d’un innocent et boit inapaisée le sang de ses propres enfants…

Cette crise que nous traversons est une épreuve. Financière. Politique. Morale. Mais la haine de son prochain ne la résoudra pas. La haine ne rend pas justice, elle condamne sans appel et nous laissera amers quand nous aurons déposés nos armes. Nous nous croyons meilleurs que nos grands ainés de nos livres d’histoire, mais c’est une erreur. Nous ne sommes pas pires… et pourtant eux aussi ont commis des crimes, conduit des guerres, mené des innocents aux buchers.

Cette haine, comme regardée en face par le prophétique René Girard, c’est elle qui me met mal a l’aise. On sait a quels excès elle conduit, tant la haine attise la haine. C’est ce cycle de violence de notre société entière que je voudrais pointer du doigt aux quelques passants qui viendraient lire ces lignes.

Réveillez-vous. Retenez-vous. Ne tombez pas dans l’abîme de la colère contre tous ceux qui déçoivent ou échouent. Parlez ensemble, autour de vous. Ne laissez pas la haine aveugle obscurcir votre jugement, le jugement de vos proches… notre jugement de français. Sinon, que nous restera-t-il de notre humanité ?

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Show me the money !

10 mai 2010

Les bourses remontent ! C’est l’euphorie. Pourquoi ? Parce que l’Union Européenne annonce qu’elle participera aux besoins de financement des pays les plus fragiles et les plus touchés par la crise (les fameux PIGS).
Et parce que, quelques minutes plus tard, la BCE déclare qu’elle va monétiser la dette (en termes moins savants, que la planche a billets allait désormais tourner a plein régime des deux cotés de l’atlantique).
Et les ministres, les serviteurs des nations, de s’auto-congratuler de leur dynamisme enthousiasmant.

Mais est-ce vraiment le moment de se féliciter ? En ces temps troublés, il est urgent de voir un peu plus loin que l’échéance de la séance du CAC a Paris cet après-midi.
Et par-delà les effets d’annonce qui ne rassurent que les imbéciles sans une once de connaissance économique ou même de bon sens, deux questions restent en suspens. Qui paye ? Et pour quoi faire ?

Qui paye ? 750 milliards est le chiffre annoncé pour ce plan de sauvetage. Son financement détaillé est somme toute assez simple. Un partage entre états souverains et FMI, dont les fonds proviennent de ces mêmes états.
Autant dire, un financement lié aux impôts d’un ensemble d’états fortement endettés, confrontés a la plus grande crise économique du siècle, qui fait fondre leurs recettes fiscales comme la neige sur un volcan islandais en éruption. En termes plus simples encore, ces milliards sont financés par la croyance infondée que ces états pourront prélever une richesse que le cycle économique leur refuse depuis 2 ans, et ne semble pas vouloir leur accorder pour encore un moment…
Le signal de la BCE est autrement plus clair. C’est l’inflation qui est de retour. Personne ne payera vraiment, car c’est la valeur de la monnaie elle-même qui va s’étioler. En cédant cette nuit, les Allemands viennent de se garantir une nouvelle crise monétaire comme celles qu’ils ont connues aux lendemains des deux guerres mondiales. Ceux qui payeront sont tous ceux qui ont une épargne en « cash » car celle-ci va désormais perdre de sa valeur très rapidement (étymologiquement, se dé-valuer).
Il est urgent d’acheter de l’or et des actifs tangibles, tant l’Euro n’aura bientôt plus que la valeur des emprunts russes de nos grands-parents.

Pour quoi faire ? C’est la grande inconnue. S’il y a déficit et besoin de financement, c’est qu’il y a dépense publique. Or sur ce point, on nous annonce effectivement des mesures de rigueur, mais rien de précis.
Car au cœur de la crise, une crise du crédit, il y a la défiance des citoyens envers le monde politique. En effet, les classes dirigeantes européennes sont incapables depuis plus d’une génération d’expliquer que l’action de l’état ne peut qu’être limitée. Seule parmi ses pairs, Angela Merkel faisait figure de résistante. Elle a cédé cette nuit, les jeux sont donc faits.
Dans un dernier sursaut, on annonce que l’argent est toujours disponible, comme une matière première toujours plus abondante. Et l’on confirme ainsi le ressentiment de nos concitoyens que l’argent est toujours a portée de main des puissants mais jamais a disposition des plus petits.
C’est faux évidemment, l’argent n’est plus la pour personne, et ce sont de simples abstractions que nos serviteurs pensent pouvoir dépenser…

Ce que les ministres européens ont annoncé cette nuit est une formidable incantation. Celle de marabouts convaincus que le verbe a plus de force que le réel. Mais n’est pas le Seigneur d’Israël qui veut. Les sorciers vaudous de Bruxelles sont en réalité comme le poulet qui continue de marcher alors que sa tête est coupée.

Cette nuit, les ministres de l’Union dansaient comme les courtisans de Versailles aux bals du printemps de 1789. L’avenir n’est jamais écrit, mais il sera ironique aux historiens qui regarderont notre époque d’un œil dépassionné, de voir combien les mêmes causes provoquent souvent les mêmes effets.

Enragé

18 janvier 2010

Il n’aura donc pas fallu bien longtemps pour que les obscurs tenants de l’affaire des élèves boursiers soient révélés au grand jour. Quoi de mieux en effet que de lire cet article de la Pravda, pardon du Figaro, pour s’en convaincre :
http://www.lefigaro.fr/formation/2010/01/06/01015-20100106ARTFIG00422-pecresse-veut-modifier-les-oraux-discriminants-.php

On soulignera plus particulièrement cette phrase qui retient aujourd’hui tout mon enragement. « Le débat tend avant tout à se focaliser sur la culture générale, considérée comme l’apanage des classes dominantes. Le rôle de la mission d’inspection sera donc de déterminer si les épreuves de culture générale sont celles qui voient échouer les boursiers, davantage que les épreuves de mathématiques ou d’économie. » Nous y voici donc, et ce que je traitai il y a peu sur le ton de la plaisanterie prend aujourd’hui un tour glaçant.

Parce qu’elle risque l’inégalitaire (ce dont tout le monde conviendra puisque la culture tend intrinsèquement a éviter la coïncidence de soi a soi), la « Culture Générale » pourrait désormais ne plus être un critère de recrutement valide ou un gage de réussite professionnelle future.
Dans un monde d’une complexité croissante, croire un instant qu’elle constitue une injustice, voila qui donne a enrager !

Je ne dis pas que la Culture Générale est la garantie du succès professionnel. Et moins encore qu’elle garantit une personne équilibrée, car on a connu des tortionnaires policés, courtois et cultivés; mais leur bonne prestance jouait alors comme un défaut supplémentaire.
Mais refuser de soutenir combien la Culture Générale est la clé de compréhension du monde, voila qui fait horreur a toute la tradition scholastique occidentale. Comment comprendre notre histoire et notre présent sans clés de lecture ? Des clés qui sont toujours historique, littéraire, musicale, picturale, géographique, culinaire, linguistique… ?
Qui ne verrait que refuser de sélectionner nos « dirigeants » sur ces bases, c’est évidemment prendre le risque de l’immédiateté contre celui du long terme, de la passion contre celui de la rationalité ?

A la fin de son prophétique essai, Tocqueville annonce comment les forces de la Démocratie renforceront celle de l’égalitarisme. Nous y sommes.
Ce que ce débat des élèves boursiers met a jour, c’est tout simplement la mise a mort de l’idéal de l’Honnête Homme en ce qu’il voulait non se mettre au dessus du commun des mortels mais s’extraire de sa propre pesanteur. Cette possibilité, jusqu’ici magnifiée par le système scolaire français, brille de ses derniers feux.

De la part d’un gouvernement de Droite (dirigé il est vrai par un homme politique qui lit plus volontiers du Marc que du Primo Lévi et qui a fait sienne la préférence de l’instantané plutôt que la constance de la durée), il y a une inversion des valeurs que je ne m’explique pas… Mais qui ne fait que confirmer, une fois de plus, le mépris de ces « gens » pour lesquels nous avons votés, mais qui nous ressemblent décidément bien peu.

Une formidable leçon d’opportunisme politique

11 décembre 2009

“Brown and Sarkozy: banks should pay for climate change” titre le Times de ce jour (« L’industrie financière doit payer pour lutter contre le réchauffement climatique »).
http://www.timesonline.co.uk/tol/news/environment/article6953222.ece


Je sais bien que la finance a mauvaise presse, mais venir chercher les banquiers pour tous les problèmes de la planète, ca va peut-être finir par se voir, non ?

Encore qu’en politique plus la ficelle est grosse, mieux cela passe ! Ce n’est juste pas ma conception de la démocatie…

Enfin, l’on pourra au moins savourer l’illustration du principe selon lequel « pour faire le moins de mécontents, il faut toujours taper sur les mêmes ! ».
Une vision politique de long terme, a n’en pas douter.

Droite d’hiver

13 octobre 2009

Ou « Pourquoi je ne voterais pas en faveur de la droite actuelle lors des prochaines élections et pourquoi je m’apprête a appeler autour de moi a en faire tout autant ».

Je sais bien, moi non plus, je n’aurai jamais cru cela de moi. Un appel a ne pas voter a droite. Moi qui ai toujours voté comme un bon soldat depuis ma majorité il y a 15 ans… Ne plus voter a droite ? Mais pourquoi ? S’agit-il d’une soudaine conversion a l’idéologie communiste ? A la révolution Besancenotiste ? Ou, pire encore, a la séduction centriste ou a la tentation extreme-droitiste ?
Que nenni ! J’appelle a ne plus voter pour la majorité actuelle car je crois sincèrement que c’est aujourd’hui la seule manière de voir les valeurs de Droite gouverner notre pays.

La contradiction n’est qu’apparente: depuis 2 ans et demi l’actuel gouvernement qui se prétend de droite, n’a fait qu’appliquer des actions en contradiction avec les convictions de son électorat. Les exemples sont nombreux, autant économiques (non remise en cause des 35 heures, réforme a minima des problématiques de retraites, explosion de la dette publique) que politiques (réforme des collectivités locales, ouverture a gauche, relativisme moral).
Je sais bien que militer c’est adhérer a une cause imparfaite. Mais le hiatus entre les actes et les valeurs m’apparaît tel qu’il m’est impensable de ne pas réagir.
Pour ma part, la nomination récemment annoncée de Jean Sarkozy a la tête de l’EPAD constitue la bêtise de trop. Celle qui prouve le souverain mépris de notre gouvernement pour ses électeurs. Et c’est elle qui me pousse aujourd’hui a rédiger ce billet.

Je sais pertinemment l’utilité politique de cette nomination de convenance, magistralement éclairée par Authueil, ici. Néanmoins, je m’insurge, car elle montre un peut trop crûment le fonctionnement d’une mandature qui n’a que faire des valeurs que ses électeurs lui ont confiées. Comme je l’ai écrit par ailleurs, il m’est difficile de lire dans cette nomination népotique, l’apologie des valeurs de travail, de mérite ou d’efficacité que l’UMP cherche a brandir dans la société française d’aujourd’hui.

Alors il est temps d’agir. Parce que je crois que l’action politique ne saurait être jugée (c’est-à-dire appréciée ou sanctionnée) que par le vote, il faut saisir cet instrument en notre faveur.
Et menacer, crument, violement, de ne pas voter demain tant que les actes d’aujourd’hui ne seront pas en conformité avec nos valeurs de toujours. Et se mobiliser, et mobiliser autour de nous, pour annoncer que l’on ne laissera pas impunie une telle incurie.

Jean Sarkozy est sans doute un bon garçon, et surement un bon fils, mais puisqu’il apparaît inconcevable qu’il occupe la présidence de l’EPAD, ce sera notre premier combat pour nous faire entendre.
Soit ce poste est honorifique, et dans ce cas, je souhaite qu’on le supprime, en illustration de la réforme d’un état pléthorique. Soit il est d’influence, et dans ce cas, il doit revenir a une personnalité politique dont l’expérience et la légitimité sont indiscutables.
Dans les deux cas, Jean Sarkozy ne saurait occuper ce poste.

Je sais que c’est un combat illusoire, et dangereux sans doute. Parce que la manœuvre vise au cœur du système : par le nom, par l’argent, par le compromis… pour tout dire, par le sang. Mais la fin du mépris des valeurs de Droite par un gouvernement qui s’en réclame, passe par ce bras de fer symbolique.
Si nous le perdons, il nous faudra alors nous résoudre a ne pas voter demain pour les menteurs qui abusent de notre crédulité et de notre lâcheté pour survivre au cœur d’un pays en lent déclin.

Je ne sais que trop bien que cet appel prend le risque de voir gagner une équipe de Gauche aux prochaines élections. Cependant, au-delà du fait que je n’ai jamais vu en des « adversaires » politiques des « ennemis » de la Nation, je crois que le remplacement d’une génération d’hommes politiques incapables de mettre leurs actes en cohérence avec leurs convictions est de nature a améliorer le pays a long terme.

« Gouverner, c’est prévoir » dit-on, et la réussite est une entreprise de long terme. L’action politique a ses hauts et ses bas, et même si elle ne vit pas toujours sur les sommets, il n’est pas non plus une fatalité qu’elle s’abîme dans la bassesse.
C’est pourquoi il faut avoir confiance en notre pouvoir démocratique pour réclamer notre part de la vie politique du pays, au risque que la coïncidence de nos convictions et de l’action politique prenne plus de temps. C’est qu’il faut parfois prendre le risque de traverser l’hiver pour voir éclore le printemps.

Culture d’entreprise

21 août 2009

Une réaction a un article de Libération daté du 20 Août 2009:
http://www.ecrans.fr/Google-BNF-le-pacte-des-sous,7913.html

Il y a de cela quelques semaines, j’ai poste un billet (ici) qui concluait sur la menace que représente selon moi l’entreprise dite « citoyenne », tant je crains de voir celle-ci se révéler sous un mauvais jour, celui d’un possible totalitarisme. Un totalitarisme économique, soft, une fois que l’Etat aurait abandonné ses droits.
Cette vision (extrême, j’en conviens) soulignait le risque de voir des acteurs privés, sous couvert d’engagements éthiques par ailleurs louables, se révéler de nouveaux grands féodaux maitrisant un espace que l’Etat, par faiblesse ou par désintérêt, leur aurait abandonné.

L’actualité m’offre aujourd’hui d’illustrer ma pensée par un exemple bien français, qui serait presque triste s’il n’était aussi cocasse. Il s’agit de la volte-face qui se prépare sur la numérisation du fonds de la Bibliothèque Nationale de France. Apres avoir hurlé au loup dans la bergerie devant le projet de numérisation gratuit proposé par Google en échange du référencement unique sur internet, la BNF semble aujourd’hui disposée a transiger.

Que la numérisation des œuvres de la BNF soit privée ou publique ne m’importe à vrai dire absolument pas. Et ce qui me fait réagir dans cette histoire, ce n’est évidemment pas non plus que la réaction franco-française initialement outragée tourne a la débandade quelques temps plus tard. Non, ce qui importe en réalité, c’est de se poser la question de la légitimité de cette décision diamétralement opposée a la première.

Cette décision apparaît naturellement motivée par des histoires de gros sous: numériser prend du temps et coûte un argent fou, un luxe que la République Française n’a guère l’occasion de pouvoir s’offrir en cette période de crise. A l’image de ces Partenariats Public-Privé (ces PPP que l’on voit fleurir dans tous les secteurs de la vie publique) qui ne sont plus que des cache-sexes… Les caisses sont vides et l’on prétend qu’il en est autrement en accolant le terme de public au nom d’un bien ou d’un service désormais privé.

En acceptant l’offre de Google, la BNF fait sans doute acte de bonne gestion (financière au moins. Pour ce qui est de sa dimension culturelle, je l’ignore). Et le libéral que je suis ne se plaindra surement pas de la privatisation de l’économie, fusse-t-elle celle de la culture française dont on nous a si longtemps rabâché l’exception. Mais mon point tient davantage a souligner combien le politique s’est raréfié… Où est le débat sur les priorités de notre politique culturelle (les châteaux en ruines ou les bibliothèques numériques ? les dimanches gratuits dans les musées ou les opérations Nuits Blanches ? une culture populaire ou une culture d’élite ?).

Dans un pays où le budget du ministère de la Justice est inférieur a celui de la Culture, où est le débat sur les fins et les moyens ? Sur la décision de dépenser de l’argent pour une nouvelle bibliothèque numérique au Palais Mazarin, ou pour une nouvelle souricière au Palais de Justice ? Où est le débat sur ce que nous souhaitons faire de notre argent commun, au risque de décider ensemble ce que nous pouvons nous offrir et ce que nous choisissions de ne pas nous payer.
Où est-elle cette discussion, dont j’attends autre chose que des invectives sur « qui coupe quoi », ou des propositions fumeuses pour « tout s’offrir » ? Où est-il le débat sur ce que l’Etat doit faire et sur ce qu’il choisit volontairement, et non a la sauvette, en cachette, presque honteux, de laisser a l’initiative privée, requalifiée pour l’occasion de citoyenne ou de marchande, selon le spectre politique du commentateur. Il ne s’agit pas de voir l’Etat tout faire ou ne rien faire. Il s’agit de choisir, ensemble, ce l’Etat fera et ce qu’il ne fera pas.

Cette absence de débat est illustrée par l’exemple de la BNF. Mais cette absence de politique, cette absence du politique, est criante pour tant de traits que les Français prennent pour acquis… Comment croire encore sincèrement au caractère démocratique de décisions prises sans vision de long terme, sans discussion ouverte sur des objectifs tenables, réalistes ?

En offrant a la collectivité un service ou un bien, une l’entreprise citoyenne fait certainement acte de morale au cœur d’un monde économique dont la caractéristique première est l’amoralité. Mais c’est sans doute parce que la nature a horreur du vide… Car en se développant, il m’apparait avant tout que l’entreprise citoyenne prospère sur les ruines de ce qui seulement peut tenir ensemble la société.

Show me the money !!!

27 juillet 2009

Une réaction a un article du Figaro:
http://www.lefigaro.fr/societes/2009/07/27/04015-20090727ARTFIG00163-citigroup-un-courtier-star-reclame-sa-prime-.php

Plus de détails pour les Anglophones:
http://www.guardian.co.uk/business/2009/jul/26/citigroup-executive-pay-bonuses

Pour résumer, le patron d’une division particulièrement profitable de la banque Citigroup réclame le versement d’une prime correspondant, semble-t-il, a la rémunération convenue avec son employeur.
Le problème est assez simple. D’une part, la prime fait environ 100 millions de dollars; tandis que d’autre part, au plus fort de la crise financière, Citigroup a bénéficié d’aides fédérales se montant jusqu’à 45 milliards de dollars.
Cet exemple est sans doute l’une des meilleures illustrations des problèmes liées a la crise financière et aux implications des interventions des grands états. Je ne connais pas le dossier spécifique, mais je vais essayer de tirer quelques enseignements.

Sur quel terrain juridique la bataille pourrait-elle se porter ?

Un employé se targue d’un contrat de droit privé pour demander une rémunération, semble-t-il légale. Son employeur peut essayer de refuser mais je ne vois pas comment il pourrait s’en sortir ! La seule solution pour ne pas honorer son engagement, c’est la faillite. Si l’employé a délivré sa part du contrat, l’employeur doit accomplir la sienne sauf a traiter ses créanciers différemment… ce qui pose, je crois, un sérieux problème en l’absence de procédure de faillite ou de liquidation !

Je me refuse a penser que les tribunaux devant lequel le litige serait porté, puissent décider de donner raison a Citigroup (sur quelle base juridique ? le trouble a l’ordre public ? laissez-moi rire).
Qui ne verrait que la rupture d’un contrat privé (sans clauses léonines) par une juridiction publique (de surcroit partie au dossier, puisque l’état US est désormais actionnaire de Citigroup a hauteur de 34%) constitue une atteinte bien plus grave a notre sécurité individuelle que le paiement d’une prime, fusse-t-elle scandaleuse.
Puisque nous parlons d’argent, cela me paraitrait un prix bien cher a payer !

C’est sur l’environnement juridique et l’articulation droit privé et intervention publique -que je connais mal- que j’aimerai avoir une confirmation. Par analogie, cela me rappelle le débat bien français sur l’annulation du mariage pour cause de non virginité de l’épouse (ingérence publique dans une affaire privée).
Si l’état américain s’amuse uniquement a porter le litige pour donner le change a l’opinion publique, je trouve qu’il y a la une dépense somptuaire bien inutile et bien démagogique…

Bien sur, j’entends d’ici toutes les remarques désobligeantes ou les interrogations outrées.

Est-ce que l’intervention de l’état américain ne lui donne pas droit de veto sur certaines rémunérations ? Sans doute, mais je ne vois pas au prix de quelle rétroactivité…
Et puis, si l’état souhaite prendre le contrôle des décisions de gestion, qu’il fasse alors ce qu’il doit faire : rendre nulle la valeur des actions de Citigroup avant son intervention. Mais s’il ne le fait pas, eh bien, qu’il ne s’étonne pas a postériori de ne pas avoir la main.

Est-ce que je trouve le montant normal ? USD 100 millions c’est surement une somme immense, mais elle semble récompenser une performance définie a priori. Il faut ici raisonner en se demandant combien ce patron gagnerait s’il avait monté son propre hedge fund. En mettant les deux options en perspectives, les montants prennent une autre dimension.

Est-ce que je trouve le montant moral ? La morale n’a rien a faire dans cette histoire. Quel est l’outil qui permet de fixer le seuil de moralité d’un salaire ? Sa propre rémunération ? Son envie de salaire ? Pas d’outil pour cela, et beaucoup d’hypocrisie de la part de gens qui ne rechigneraient pas a recevoir cette prime.

Est-ce que cette somme est, au final, scandaleuse ? Je n’en sais rien et je m’en moque. Le débat ici est des plus simples: si l’état, au titre de tous les citoyens, considère que cette rémunération est trop élevée, eh bien, qu’elle la taxe. Point.
Cela aurait le mérite de placer le débat politique au bon niveau, celui de ses moyens et de ses objectifs. Encore faudrait-il pour cela que les politiques, comme les citoyens, aient une vision de ce qu’ils souhaitent comme Etat moderne.