Posts Tagged ‘Dette Publique’

Show me the money !

10 mai 2010

Les bourses remontent ! C’est l’euphorie. Pourquoi ? Parce que l’Union Européenne annonce qu’elle participera aux besoins de financement des pays les plus fragiles et les plus touchés par la crise (les fameux PIGS).
Et parce que, quelques minutes plus tard, la BCE déclare qu’elle va monétiser la dette (en termes moins savants, que la planche a billets allait désormais tourner a plein régime des deux cotés de l’atlantique).
Et les ministres, les serviteurs des nations, de s’auto-congratuler de leur dynamisme enthousiasmant.

Mais est-ce vraiment le moment de se féliciter ? En ces temps troublés, il est urgent de voir un peu plus loin que l’échéance de la séance du CAC a Paris cet après-midi.
Et par-delà les effets d’annonce qui ne rassurent que les imbéciles sans une once de connaissance économique ou même de bon sens, deux questions restent en suspens. Qui paye ? Et pour quoi faire ?

Qui paye ? 750 milliards est le chiffre annoncé pour ce plan de sauvetage. Son financement détaillé est somme toute assez simple. Un partage entre états souverains et FMI, dont les fonds proviennent de ces mêmes états.
Autant dire, un financement lié aux impôts d’un ensemble d’états fortement endettés, confrontés a la plus grande crise économique du siècle, qui fait fondre leurs recettes fiscales comme la neige sur un volcan islandais en éruption. En termes plus simples encore, ces milliards sont financés par la croyance infondée que ces états pourront prélever une richesse que le cycle économique leur refuse depuis 2 ans, et ne semble pas vouloir leur accorder pour encore un moment…
Le signal de la BCE est autrement plus clair. C’est l’inflation qui est de retour. Personne ne payera vraiment, car c’est la valeur de la monnaie elle-même qui va s’étioler. En cédant cette nuit, les Allemands viennent de se garantir une nouvelle crise monétaire comme celles qu’ils ont connues aux lendemains des deux guerres mondiales. Ceux qui payeront sont tous ceux qui ont une épargne en « cash » car celle-ci va désormais perdre de sa valeur très rapidement (étymologiquement, se dé-valuer).
Il est urgent d’acheter de l’or et des actifs tangibles, tant l’Euro n’aura bientôt plus que la valeur des emprunts russes de nos grands-parents.

Pour quoi faire ? C’est la grande inconnue. S’il y a déficit et besoin de financement, c’est qu’il y a dépense publique. Or sur ce point, on nous annonce effectivement des mesures de rigueur, mais rien de précis.
Car au cœur de la crise, une crise du crédit, il y a la défiance des citoyens envers le monde politique. En effet, les classes dirigeantes européennes sont incapables depuis plus d’une génération d’expliquer que l’action de l’état ne peut qu’être limitée. Seule parmi ses pairs, Angela Merkel faisait figure de résistante. Elle a cédé cette nuit, les jeux sont donc faits.
Dans un dernier sursaut, on annonce que l’argent est toujours disponible, comme une matière première toujours plus abondante. Et l’on confirme ainsi le ressentiment de nos concitoyens que l’argent est toujours a portée de main des puissants mais jamais a disposition des plus petits.
C’est faux évidemment, l’argent n’est plus la pour personne, et ce sont de simples abstractions que nos serviteurs pensent pouvoir dépenser…

Ce que les ministres européens ont annoncé cette nuit est une formidable incantation. Celle de marabouts convaincus que le verbe a plus de force que le réel. Mais n’est pas le Seigneur d’Israël qui veut. Les sorciers vaudous de Bruxelles sont en réalité comme le poulet qui continue de marcher alors que sa tête est coupée.

Cette nuit, les ministres de l’Union dansaient comme les courtisans de Versailles aux bals du printemps de 1789. L’avenir n’est jamais écrit, mais il sera ironique aux historiens qui regarderont notre époque d’un œil dépassionné, de voir combien les mêmes causes provoquent souvent les mêmes effets.

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Droite d’hiver

13 octobre 2009

Ou « Pourquoi je ne voterais pas en faveur de la droite actuelle lors des prochaines élections et pourquoi je m’apprête a appeler autour de moi a en faire tout autant ».

Je sais bien, moi non plus, je n’aurai jamais cru cela de moi. Un appel a ne pas voter a droite. Moi qui ai toujours voté comme un bon soldat depuis ma majorité il y a 15 ans… Ne plus voter a droite ? Mais pourquoi ? S’agit-il d’une soudaine conversion a l’idéologie communiste ? A la révolution Besancenotiste ? Ou, pire encore, a la séduction centriste ou a la tentation extreme-droitiste ?
Que nenni ! J’appelle a ne plus voter pour la majorité actuelle car je crois sincèrement que c’est aujourd’hui la seule manière de voir les valeurs de Droite gouverner notre pays.

La contradiction n’est qu’apparente: depuis 2 ans et demi l’actuel gouvernement qui se prétend de droite, n’a fait qu’appliquer des actions en contradiction avec les convictions de son électorat. Les exemples sont nombreux, autant économiques (non remise en cause des 35 heures, réforme a minima des problématiques de retraites, explosion de la dette publique) que politiques (réforme des collectivités locales, ouverture a gauche, relativisme moral).
Je sais bien que militer c’est adhérer a une cause imparfaite. Mais le hiatus entre les actes et les valeurs m’apparaît tel qu’il m’est impensable de ne pas réagir.
Pour ma part, la nomination récemment annoncée de Jean Sarkozy a la tête de l’EPAD constitue la bêtise de trop. Celle qui prouve le souverain mépris de notre gouvernement pour ses électeurs. Et c’est elle qui me pousse aujourd’hui a rédiger ce billet.

Je sais pertinemment l’utilité politique de cette nomination de convenance, magistralement éclairée par Authueil, ici. Néanmoins, je m’insurge, car elle montre un peut trop crûment le fonctionnement d’une mandature qui n’a que faire des valeurs que ses électeurs lui ont confiées. Comme je l’ai écrit par ailleurs, il m’est difficile de lire dans cette nomination népotique, l’apologie des valeurs de travail, de mérite ou d’efficacité que l’UMP cherche a brandir dans la société française d’aujourd’hui.

Alors il est temps d’agir. Parce que je crois que l’action politique ne saurait être jugée (c’est-à-dire appréciée ou sanctionnée) que par le vote, il faut saisir cet instrument en notre faveur.
Et menacer, crument, violement, de ne pas voter demain tant que les actes d’aujourd’hui ne seront pas en conformité avec nos valeurs de toujours. Et se mobiliser, et mobiliser autour de nous, pour annoncer que l’on ne laissera pas impunie une telle incurie.

Jean Sarkozy est sans doute un bon garçon, et surement un bon fils, mais puisqu’il apparaît inconcevable qu’il occupe la présidence de l’EPAD, ce sera notre premier combat pour nous faire entendre.
Soit ce poste est honorifique, et dans ce cas, je souhaite qu’on le supprime, en illustration de la réforme d’un état pléthorique. Soit il est d’influence, et dans ce cas, il doit revenir a une personnalité politique dont l’expérience et la légitimité sont indiscutables.
Dans les deux cas, Jean Sarkozy ne saurait occuper ce poste.

Je sais que c’est un combat illusoire, et dangereux sans doute. Parce que la manœuvre vise au cœur du système : par le nom, par l’argent, par le compromis… pour tout dire, par le sang. Mais la fin du mépris des valeurs de Droite par un gouvernement qui s’en réclame, passe par ce bras de fer symbolique.
Si nous le perdons, il nous faudra alors nous résoudre a ne pas voter demain pour les menteurs qui abusent de notre crédulité et de notre lâcheté pour survivre au cœur d’un pays en lent déclin.

Je ne sais que trop bien que cet appel prend le risque de voir gagner une équipe de Gauche aux prochaines élections. Cependant, au-delà du fait que je n’ai jamais vu en des « adversaires » politiques des « ennemis » de la Nation, je crois que le remplacement d’une génération d’hommes politiques incapables de mettre leurs actes en cohérence avec leurs convictions est de nature a améliorer le pays a long terme.

« Gouverner, c’est prévoir » dit-on, et la réussite est une entreprise de long terme. L’action politique a ses hauts et ses bas, et même si elle ne vit pas toujours sur les sommets, il n’est pas non plus une fatalité qu’elle s’abîme dans la bassesse.
C’est pourquoi il faut avoir confiance en notre pouvoir démocratique pour réclamer notre part de la vie politique du pays, au risque que la coïncidence de nos convictions et de l’action politique prenne plus de temps. C’est qu’il faut parfois prendre le risque de traverser l’hiver pour voir éclore le printemps.

Non mais ca va pas bien ?

8 octobre 2009

Un coup de gueule en réaction a la nouvelle selon laquelle Jean Sarkozy deviendrait le patron de l’Etablissement Public d’Aménagement de la Défense (l’EPAD).
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/10/08/01011-20091008FILWWW00385-jean-sarkozy-patron-de-la-defense.php

Oui vous avez bien lu : l’on parle de Jean Sarkozy, 23 ans, sans diplôme connu, sans scolarité d’exception, ni expérience professionnelle majeure ou prolongée (ce qui n’est pas déshonorant compte tenu de son âge) qui prendrait la direction de l’organisme public gérant la plus grande zone économique d’Europe…

Une zone dont les problématiques sont telles que le dernier rapport en date sur le sujet a requis les compétences d’un Préfet, Directeur d’une des plus grandes administrations centrales de France, alignant une trentaine d’années d’expérience professionnelle sur les problématiques d’aménagement du territoire, et toute une carrière au service de la Nation…

Une zone dont l’importance est telle qu’elle était dirigée jusqu’à présent par un ministre (un serviteur de la nation, au sens premier du terme) Patrick Devedjian dont on peut penser ce que l’on veut a titre politique mais dont la légitimité ne parait en aucun cas questionnable…  

Mais que se passe-t-il en France aujourd’hui ? Je suis assez lucide pour savoir que le pouvoir a ses passe-droits et ses faveurs, ils ont toujours existé et il n’est ici question ni d’appartenance politique, ni de nature de régime politique pour les constater (et les déplorer).

Mais qu’aux vues de tous, pour des considérations qui ne sont même plus de l’ordre de la chose politique (dans une manœuvre d’une bassesse hideuse, dans le but de plaire au Président – car je n’ose imaginer qu’il ait lui-même demandé qu’il en soit ainsi), l’on mette a la tête de l’un des établissements les plus importants d’Europe un jeune homme dont le seul atout est d’avoir des ambitions et de porter le nom de son Père…  je crois que j’en rirais si ce n’était pas autant a pleurer !

Puisqu’il faut qu’un Blog serve a quelque chose, je prends ici l’engagement solennel, si Jean Sarkozy est nommé a la tête de l’EPAD lors de son prochain Conseil d’Administration le 4 Décembre 2009, de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy a la prochaine élection présidentielle, ni au premier ni au second tour.
Et je vous certifie que je dépenserai toute mon énergie d’homme de droite pour convaincre tous et toutes autour de moi d’en faire autant.

Addendum, en date du 13 Octobre 2009:
Rue 89 attire notre attention avec un formidable article pour nous dire que Nicolas Sarkozy lui-meme dit notre indignation bien mieux que nous:
http://www.rue89.com/mon-oeil/2009/10/13/nicolas-sarkozy-contre-la-nomination-de-son-fils-a-lepad
Finalement, la raison reprendrait-elle ses droits ?

Culture d’entreprise

21 août 2009

Une réaction a un article de Libération daté du 20 Août 2009:
http://www.ecrans.fr/Google-BNF-le-pacte-des-sous,7913.html

Il y a de cela quelques semaines, j’ai poste un billet (ici) qui concluait sur la menace que représente selon moi l’entreprise dite « citoyenne », tant je crains de voir celle-ci se révéler sous un mauvais jour, celui d’un possible totalitarisme. Un totalitarisme économique, soft, une fois que l’Etat aurait abandonné ses droits.
Cette vision (extrême, j’en conviens) soulignait le risque de voir des acteurs privés, sous couvert d’engagements éthiques par ailleurs louables, se révéler de nouveaux grands féodaux maitrisant un espace que l’Etat, par faiblesse ou par désintérêt, leur aurait abandonné.

L’actualité m’offre aujourd’hui d’illustrer ma pensée par un exemple bien français, qui serait presque triste s’il n’était aussi cocasse. Il s’agit de la volte-face qui se prépare sur la numérisation du fonds de la Bibliothèque Nationale de France. Apres avoir hurlé au loup dans la bergerie devant le projet de numérisation gratuit proposé par Google en échange du référencement unique sur internet, la BNF semble aujourd’hui disposée a transiger.

Que la numérisation des œuvres de la BNF soit privée ou publique ne m’importe à vrai dire absolument pas. Et ce qui me fait réagir dans cette histoire, ce n’est évidemment pas non plus que la réaction franco-française initialement outragée tourne a la débandade quelques temps plus tard. Non, ce qui importe en réalité, c’est de se poser la question de la légitimité de cette décision diamétralement opposée a la première.

Cette décision apparaît naturellement motivée par des histoires de gros sous: numériser prend du temps et coûte un argent fou, un luxe que la République Française n’a guère l’occasion de pouvoir s’offrir en cette période de crise. A l’image de ces Partenariats Public-Privé (ces PPP que l’on voit fleurir dans tous les secteurs de la vie publique) qui ne sont plus que des cache-sexes… Les caisses sont vides et l’on prétend qu’il en est autrement en accolant le terme de public au nom d’un bien ou d’un service désormais privé.

En acceptant l’offre de Google, la BNF fait sans doute acte de bonne gestion (financière au moins. Pour ce qui est de sa dimension culturelle, je l’ignore). Et le libéral que je suis ne se plaindra surement pas de la privatisation de l’économie, fusse-t-elle celle de la culture française dont on nous a si longtemps rabâché l’exception. Mais mon point tient davantage a souligner combien le politique s’est raréfié… Où est le débat sur les priorités de notre politique culturelle (les châteaux en ruines ou les bibliothèques numériques ? les dimanches gratuits dans les musées ou les opérations Nuits Blanches ? une culture populaire ou une culture d’élite ?).

Dans un pays où le budget du ministère de la Justice est inférieur a celui de la Culture, où est le débat sur les fins et les moyens ? Sur la décision de dépenser de l’argent pour une nouvelle bibliothèque numérique au Palais Mazarin, ou pour une nouvelle souricière au Palais de Justice ? Où est le débat sur ce que nous souhaitons faire de notre argent commun, au risque de décider ensemble ce que nous pouvons nous offrir et ce que nous choisissions de ne pas nous payer.
Où est-elle cette discussion, dont j’attends autre chose que des invectives sur « qui coupe quoi », ou des propositions fumeuses pour « tout s’offrir » ? Où est-il le débat sur ce que l’Etat doit faire et sur ce qu’il choisit volontairement, et non a la sauvette, en cachette, presque honteux, de laisser a l’initiative privée, requalifiée pour l’occasion de citoyenne ou de marchande, selon le spectre politique du commentateur. Il ne s’agit pas de voir l’Etat tout faire ou ne rien faire. Il s’agit de choisir, ensemble, ce l’Etat fera et ce qu’il ne fera pas.

Cette absence de débat est illustrée par l’exemple de la BNF. Mais cette absence de politique, cette absence du politique, est criante pour tant de traits que les Français prennent pour acquis… Comment croire encore sincèrement au caractère démocratique de décisions prises sans vision de long terme, sans discussion ouverte sur des objectifs tenables, réalistes ?

En offrant a la collectivité un service ou un bien, une l’entreprise citoyenne fait certainement acte de morale au cœur d’un monde économique dont la caractéristique première est l’amoralité. Mais c’est sans doute parce que la nature a horreur du vide… Car en se développant, il m’apparait avant tout que l’entreprise citoyenne prospère sur les ruines de ce qui seulement peut tenir ensemble la société.

News Flash: les chaises musicales s’arrêtent !

25 mars 2009

Il y a quelque temps, j’écrivais sur ce blog que la prochaine étape de la crise frapperait sans doute les état occidentaux eux-mêmes. Cette affirmation se basait sur la constatation que le niveau de leur dette publique était difficilement soutenable sur le long terme (en partie en raison de leurs déficits structurels, en partie parce que la crise réduit leurs rentrées fiscales, en partie parce que les garanties et aides offertes dans le cadre des plans de sauvetage/relance augmentent le quantum de dette).

Je n’imaginai pas que les événements viendraient confirmer cette hypothèse aussi rapidement ! Dans le Financial Times de ce jour, on peut lire ceci “a UK government bond auction failed for the first time in seven years on Wednesday as investors refused to buy the securities because of worries over the country’s deteriorating public finances”.
Ce qui se traduit par: « Ce mercredi, une vente de bons du trésor anglais a échoué pour la première fois depuis 7 ans en raison des craintes des investisseurs au sujet de la détérioration des finances publiques anglaises ».
http://www.ft.com/cms/s/0/b347e714-1933-11de-9d34-0000779fd2ac.html
Vous pouvez trouver plus de détails sur Bloomberg:
http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601109&sid=aHfDsYTPM4GI&refer=exclusive

L’important, c’est de garder en mémoire que les états sont des acteurs économiques comme les autres. Ils payent leurs fonctionnaires avec de l’argent réel, qu’il leur faut bien trouver quelque part (a savoir dans nos impôts, ou bien dans de la nouvelle dette publique). Cette dette publique est levée par adjudication. La nouvelle de ce jour, c’est que l’état anglais n’a pas réussi a lever l’argent dont il a besoin. Cela ne veut pas (encore) dire qu’il est en crise de liquidité. Il pourra ressayer dans quelques jours si les marchés sont plus favorables.

Toutefois, cela tend vers une situation identifiée depuis longtemps par tous: l’état anglais, comme tous les autres états occidentaux, dépense plus d’argent qu’il n’en gagne, et il n’est plus certain que ceux qui lui en prêtent aujourd’hui continueront a le faire encore très longtemps ! Quelle est l’étape d’après ?

Première possibilité: lever davantage d’impôts, dont je vous laisse imaginer les conséquences sur le climat social et sur le timing de la reprise.
Deuxième possibilité: augmenter les taux d’intérêt pour rendre les adjudications plus attractives, avec l’impact que l’on devine sur le financement des autres acteurs économiques privés de ressources (eux-mêmes obligés d’augmenter les taux d’intérêt payés a leur créditeurs).
Troisième possibilité: réduire les dépenses publiques (santé, police, éducation, infrastructure) avec la dégradation du tissu social et économique que l’on anticipe dans ce cas.
La dernière solution, c’est évidemment la planche a billet: imprimer des Sterling avec sa Royale Majesté dessus. La géographie financière est parfois surprenante… le Royaume-Uni est peut-être moins loin du Zimbaoué qu’il ne le croit !

Je ne doute pas un instant que cette nouvelle passera complètement inaperçue en France. Dans leur immense majorité, les français (et ne parlons pas de leur dirigeants) ne comprennent pas ces problématiques qui leur paraissent un simple jeu d’écriture…
Comme toujours la réalité est a la fois plus complexe et plus simple. Plus simple parce que ce qui se passe aujourd’hui, c’est que la musique de notre immense partie de chaises musicales est en train de s’arrêter !

Avec des amis comme ceux-là…

23 mars 2009

Une réaction a la lettre d’Alain Minc a ses amis patrons pour leur dispenser quelques conseils en cette période de crise.
http://www.lefigaro.fr/debats/2009/03/23/01005-20090323ARTFIG00239-lettre-ouverte-a-mes-amis-de-la-classe-dirigeante-.php

Avant de sonner la charge, Alain Minc prend soin de rappeler aux patrons français qu’il est leur ami. Ou plus exactement, qu’il est perçu comme leur ami. « Nul ne peut me soupçonner d’être votre ennemi : c’est plutôt le reproche inverse que je subis à longueur de colonnes dans les journaux ». On sait ce que valent les jugements médiatiques, et celui-ci ne déroge pas a la règle. Car une fois cette information précisée, la charge peut commencer… Et avec des amis comme ceux-là, qui a encore besoin d’ennemis ?

Cette tribune d’Alain Minc est une accusation en règle ! La première attaque est rude, puisqu’elle diagnostique d’emblée l’autisme du patronat et de la classe dirigeante française. « Je suis aujourd’hui inquiet pour vous car je ne comprends [pas] votre autisme. »
Cette première remarque a au moins le mérite de situer le débat: non sous un angle économique, qui pourrait conduire a une discussion rationnelle et argumentée, mais sous un angle psychologique. C’est de la perception de la crise dont nous parlons et non de sa réalité tangible. Et l’on comprend rapidement que cette optique témoigne du parti pris de l’auteur, en faveur des « opprimés » contre les « oppresseurs » !

Si la situation française n’était pas si difficile, certaines affirmations de cette tribune prêteraient a sourire tant elles sont sans fondement. Je cite:
– « Les syndicats essaient de canaliser tant bien que mal le mécontentement et donc de préserver l’ordre social. ». Même si la situation est contrastée selon les syndicats, je doute que la préservation de l’ordre social soit la priorité de tous. Etait-ce la priorité du LKP en Guadeloupe ? Constitue-t-elle vraiment l’armature de la stratégie des grands syndicats de métropole (je pense au syndicat SUD dans la grève de Saint Lazare ou aux mouvements éducatifs qui visent davantage leur propre conservation que celle de la société) ?
– « Les pouvoirs publics s’efforcent de tenir l’équilibre entre les dépenses nécessaires pour aider les plus malheureux et l’obligation de ne pas déstabiliser, au-delà du raisonnable, les règles de bonne gestion. » Est-ce bien raisonnable d’affirmer cela alors que le déficit budgétaire repart a la hausse, et que la dette publique atteint des sommets, au risque d’une pression fiscale antiéconomique dont les grands patrons sont les premiers conscients.

Au-delà de ces assertions surprenantes qui ignorent tout rôle positif des patrons dans la crise actuelle, le cœur du débat se concentre sur la part variable des rémunérations. En substance, l’interrogation est de savoir si les grands patrons, en cette période de crise, peuvent encore se distribuer des rémunérations colossales au regard du salaire moyen français. Je cite : « une lettre nuancée demandant […] non de baisser leurs rémunérations, mais de renoncer à leur part variable ».
« Passons sur les stock-options distribuées au plus bas des cours de Bourse par une banque qui doit, comme toutes ses collègues, sa survie à l’intervention publique. »

La question appellerait une discussion argumentée, qui prendrait en compte a la fois les performances globales de la société, les règles des marchés dans lesquelles elle opère pour ne pas risquer la perte de certains de ses talents au profit de compétiteurs et l’éventuelle intervention étatique. Entendons-nous bien, je pense pour ma part qu’il convient de limiter les rémunérations (fixe ou variable) de dirigeants d’entreprises en difficulté auquel l’état aurait accordé une aide. Mais ceci doit se faire dans un cadre juridique, qui préexiste de toute façon ! Si l’état français a choisi de ne pas prendre le contrôle de la société aidée, il est tout simplement indigent de s’étonner qu’il n’ait pas le contrôle des décisions de gestion, a savoir la rémunération des dirigeants, fixée par l’actionnaire.

Mais cette approche raisonnée est précisément celle que réfute Alain Minc. N’insultons pourtant pas son intelligence, il perçoit les implications d’une position exclusivement psychologique déconnectée des réalités économiques. « Prendre des dispositions sur les rémunérations qui seraient à terme aussi destructrices pour l’efficacité économique que la loi de 1947 sur les loyers a pu l’être, pendant des décennies, sur l’immobilier ? »

Alors, comment justifie-t-il une approche de façade ? Par le souci de maintenir la pression sociale a un niveau acceptable. « Ignorez-vous que la quête de boucs émissaires est une constante de notre histoire et que 1789 se joue en 1788 ? ». Cet avertissement en dit long sur la perception de la situation, de la peur devrions-nous dire, de certains responsables en charge des affaires de la nation depuis 30 ans.

« Mesurez-vous que le pays a les nerfs à fleur de peau, que les citoyens ont le sentiment, fût-il erroné, de subir une crise dont nous sommes tous à leurs yeux les fautifs ? ». Il y a dans cet aveu « fût-il erroné » toute la contradiction de la position d’Alain Minc.
En cédant a la peur, puisqu’il se reconnaît de lui-même « fautif », il demande tout simplement de sauver les meubles (les siens ?). Il demande de lâcher sur les apparences car il perçoit ce qu’une crise sociale aurait de dangereux pour sa propre position. En choisissant de s’adresser a ses semblables plutôt qu’a tous les français, Alain Minc introduit une division plutôt qu’une discussion. Il suggère une politique dirigée par la peur plutôt que par la raison, quand bien même la voix de cette dernière serait difficile a écouter en ces temps de crise et de manifestations (non que les décisions fussent nécessairement différentes, mais qu’elles soient prises d’une manière complètement opposée).

L’une des constante de l’actualité de ces derniers jours est l’absence de vision, de hauteur et de mesure. Cet aveuglement se manifeste aussi bien dans les excès entendus contre les propos de Benoit XVI lors de son voyage en Afrique, les reproches sur les bénéfices record de Total, ou les revendications « sociales » de gauche extrême qui gagnent chaque jour un peu plus de terrain en l’absence de contradicteur.
Puisqu’Alain Minc se positionne de lui-même comme faisant partie de la classe dirigeante française, que ne prend-il sa part de l’authentique responsabilité des élites ? Que n’explique-t-il inlassablement la réalité et la complexité du monde aux citoyens français… plutôt que céder a la peur en abandonnant ceux dont il prétend être « l’ami » ?

Du courage en politique

10 mars 2009

Gouverner, c’est prévoir, dit-on. Pourtant, depuis 30 ans, les hommes politiques français, de droite comme de gauche, ont manifesté leur incurie à honorer leur mandat. A peu de moments, nos élus ont été à la hauteur de leur responsabilité. Celle-ci était pourtant simple: l’homme politique, c’est celui qui propose une vision de la nation.

Cette vision peut être prospective mais elle doit être ancrée dans la réalité. Cette vision peut et doit souvent être porteuse d’espoir, mais elle ne doit pas être illusoire. Il y a une noblesse profonde, qui touche a la promesse de l’humanité elle-même, a se fixer des idéaux sans refuser pour autant la réalité. Nous ne sommes pas des dieux, et nos délégués ne sont pas tout-puissants. A notre image, nos hommes politiques ne peuvent pas défier sans conséquence les lois, qu’elles soient naturelles ou économiques.

Or depuis, une génération, presqu’aucun homme politique n’a eu le courage de faire ce travail. Par leur silence coupable, en ne fixant pas des limites qu’ils savaient pourtant indispensables dans le domaine public comme dans le domaine privé, ils sont les premiers responsables de la crise actuelle. Aucun d’entre eux n’a choisi de restreindre la fuite en avant des finances publiques. Aucun d’entre eux n’a choisi de dire aux français que l’état ne peut pas tout, et que nous devons, ensemble, choisir ses priorités, choisir nos priorités.

Entendons-nous bien, il n’est pas question ici de politique partisane, mais de politique tout court. L’auteur de ses lignes n’invite pas à privilégier une vision libérale du monde, avec un moindre interventionnisme de l’état, à un modèle de gauche, reposant sur une politique de redistribution forte.

Ce que j’appelle de mes vœux, c’est une classe politique responsable pour les temps de crise que nous traversons. Une classe politique capable de faire revenir les français au réel, et à partir de ce réel, leur proposer des choix de sociétés. On est bien loin de nos dirigeants actuels de partis qui, lorsqu’ils ne perdent pas leur temps a se flinguer les uns les autres, promettent aux français plus de dépenses, le partage des dernières miettes, ou une terre promise aperçue telle un mirage dans le désert anticapitaliste.
En physique, une action déclenche une réaction. En mystique, un péché entraine une expiation. En finance, un emprunt implique un remboursement. Certains y verront certainement une vision étriquée du politique, réduit à l’économique. Pourtant il s’agit d’une vision objective des capacités publiques, et non l’une de ces illusions qui consiste à inverser victoire et défaite, comme nos dirigeants français semblent en avoir le secret.

Dans une optique réaliste, l’homme politique se doit donc d’être à la fois un expert, un leader et un prophète.
Un expert car sa responsabilité première est de juger la réalité et d’en tirer les conclusions sur ce qui faisable et sur ce qui ne l’est pas, et de le proposer au vote des citoyens.
Un leader car sa responsabilité au pouvoir est d’expliquer et d’appliquer une politique efficace sur la durée. C’est cela son mandat, un mandat qui lui est confié par les urnes, et non par la rue ou les sondages.
Un prophète parce qu’au-delà de la vision réductrice dans laquelle les contraintes du réel nous enferment tous, il doit pouvoir faire advenir du sens. La politique, c’est l’art de réconcilier le réel et l’idéal, de faire advenir de l’espoir dans le contingent.

Seul un homme politique appliquant une politique (de droite ou de gauche) satisfaisant ces critères pourra nous sortir de la crise. Car la crise financière qui se déchaîne actuellement n’est pas une crise économique anodine. Elle traduit un dérèglement entier de la société (des individus, des entreprises et des collectivités) par l’usage immodéré du crédit, le symptôme même du refus de la réalité du monde.

Il n’y a pas d’alternative a la sortie par le haut: l’effondrement probable des états laisserait les plus faibles et les plus démunis à la merci de la sauvagerie. Une sauvagerie économique, sociale, culturelle, quand plus aucune règle n’est de mise. Or il n’est pas d’exemple de crise économique majeure qui ne se soit suivi d’une crise politique majeure. Ne nous leurrons pas, nous savons ce qu’il advient quand tout s’effondre. Nous croyons-nous si supérieurs a nos ancêtres pour leur être complètement étranger quand tout s’efface ? Ne souhaitons-nous pas l’éviter pour nos enfants, comme pour nous-mêmes ?

Quelle sera la voix qui s’élèvera dans le désert ? Une voix assez soutenue pour être entendue de tous dans la tourmente, par-dessus le bruit de nos manifestations débridées ? Une voix assez engageante pour inviter au réveil sans paraître contraindre chacun d’entre nous, pour éduquer sans paraître détenir seule la vérité, pour diriger sans paraître oppresser ? Si elle ne parle pas ou si elle n’est pas entendue… alors nous saurons que nous aurons volontairement fait un pas dans le gouffre.