Posts Tagged ‘Eloquence bouffie’

La haine

9 juillet 2010

Apres un long silence qui risque néanmoins de se poursuivre pendant l’été, je reprends ma plume pour vous écrire ce que je crois de plus important aujourd’hui. Pour vous faire part, a vous ma poignée de lecteurs que j’espère fidèles malgré mes propres manquements, de mon malaise.

Et un malaise profond en réalité, tant l’actualité de ces dernières semaines a été chargée. Ce malaise ne découle pas tant du feuilleton politico-financier Woerth-Bettencourt, de l’incurie des joueurs de l’équipe de France en Afrique du Sud, des circonvolutions politiques pour appliquer une rigueur qui craint son ombre, ou des affaires pédophiles qui éclaboussent de boue l’église toute entière…
Non, ce malaise découle bien plus surement de ce que tous ces scandales révèlent en creux. Ce malaise dévoile bien plus surement ce que nous sommes devenus, nous Français, en tant que société. La séquence des actualités de ces dernières semaines et que je viens de décrire est en effet riche d’un enseignement inquiétant: notre société est en proie a la haine.

Haine des Français envers leur équipe de football, adulée, portée aux nues et l’instant d’après trainée plus bas que terre.
Haine des consommateurs envers leur banquiers, craints parce qu’ils ont seuls le pouvoir d’appliquer une rigueur qu’ils se refusent pourtant a eux-mêmes.
Haine des français contre eux-mêmes, banlieues a la fois victimes et agresseurs, centres-villes a la fois fortifiés et assiégés.
Haine des pauvres envers les riches, qui par leur richesse indécente attisent la convoitise de ceux qui souffrent le plus de la crise.
Haine des journalistes envers le pouvoir, tant l’un et l’autre craignent pour leur survie et se portent l’un a l’autre des coups toujours plus aiguisés.
Haine des laïcs sans espoirs envers l’église, porteuse d’un message de paix mais coupable de ses propres errements.
Haine des travailleurs envers leurs patrons, révolte quasi-métaphysique contre ceux qui représentent l’injonction divine qu’il nous faut après tout gagner notre pain a la sueur de notre front.
Haine des électeurs envers leurs hommes politiques, haine farouche dont chaque bouffée supplémentaire fait croire a tort qu’elle a atteint son paroxysme.
Haine infernale des politiques entre eux, haine d’un bord contre l’autre, haine d’un bord en son sein, haine furieuse de voir le pouvoir échapper a son emprise et de voir son jumeau en jouir a sa place.

Cette haine, nous la connaissons bien. Elle parcourt nos livres d’histoire dans ses guerres et ses révoltes, dans ses émeutes et ses répressions, dans ses tyrannies et ses abaissements. Elle est protéiforme. Elle cherche le bouc-émissaire dans les tréfonds de la société. Elle trouve l’ennemi dans nos cousins de l’autre coté du Rhin. Elle dénonce la femme pour le plaisir de la voir tondue et règle ses comptes obscurs et honteux sous le couvert de l’épuration. Elle ferme les portes des convois de Drancy et envoie les bourgeois au Goulag. Elle jouit de sa propre ivresse dans la condamnation d’un innocent et boit inapaisée le sang de ses propres enfants…

Cette crise que nous traversons est une épreuve. Financière. Politique. Morale. Mais la haine de son prochain ne la résoudra pas. La haine ne rend pas justice, elle condamne sans appel et nous laissera amers quand nous aurons déposés nos armes. Nous nous croyons meilleurs que nos grands ainés de nos livres d’histoire, mais c’est une erreur. Nous ne sommes pas pires… et pourtant eux aussi ont commis des crimes, conduit des guerres, mené des innocents aux buchers.

Cette haine, comme regardée en face par le prophétique René Girard, c’est elle qui me met mal a l’aise. On sait a quels excès elle conduit, tant la haine attise la haine. C’est ce cycle de violence de notre société entière que je voudrais pointer du doigt aux quelques passants qui viendraient lire ces lignes.

Réveillez-vous. Retenez-vous. Ne tombez pas dans l’abîme de la colère contre tous ceux qui déçoivent ou échouent. Parlez ensemble, autour de vous. Ne laissez pas la haine aveugle obscurcir votre jugement, le jugement de vos proches… notre jugement de français. Sinon, que nous restera-t-il de notre humanité ?

Show me the money !

10 mai 2010

Les bourses remontent ! C’est l’euphorie. Pourquoi ? Parce que l’Union Européenne annonce qu’elle participera aux besoins de financement des pays les plus fragiles et les plus touchés par la crise (les fameux PIGS).
Et parce que, quelques minutes plus tard, la BCE déclare qu’elle va monétiser la dette (en termes moins savants, que la planche a billets allait désormais tourner a plein régime des deux cotés de l’atlantique).
Et les ministres, les serviteurs des nations, de s’auto-congratuler de leur dynamisme enthousiasmant.

Mais est-ce vraiment le moment de se féliciter ? En ces temps troublés, il est urgent de voir un peu plus loin que l’échéance de la séance du CAC a Paris cet après-midi.
Et par-delà les effets d’annonce qui ne rassurent que les imbéciles sans une once de connaissance économique ou même de bon sens, deux questions restent en suspens. Qui paye ? Et pour quoi faire ?

Qui paye ? 750 milliards est le chiffre annoncé pour ce plan de sauvetage. Son financement détaillé est somme toute assez simple. Un partage entre états souverains et FMI, dont les fonds proviennent de ces mêmes états.
Autant dire, un financement lié aux impôts d’un ensemble d’états fortement endettés, confrontés a la plus grande crise économique du siècle, qui fait fondre leurs recettes fiscales comme la neige sur un volcan islandais en éruption. En termes plus simples encore, ces milliards sont financés par la croyance infondée que ces états pourront prélever une richesse que le cycle économique leur refuse depuis 2 ans, et ne semble pas vouloir leur accorder pour encore un moment…
Le signal de la BCE est autrement plus clair. C’est l’inflation qui est de retour. Personne ne payera vraiment, car c’est la valeur de la monnaie elle-même qui va s’étioler. En cédant cette nuit, les Allemands viennent de se garantir une nouvelle crise monétaire comme celles qu’ils ont connues aux lendemains des deux guerres mondiales. Ceux qui payeront sont tous ceux qui ont une épargne en « cash » car celle-ci va désormais perdre de sa valeur très rapidement (étymologiquement, se dé-valuer).
Il est urgent d’acheter de l’or et des actifs tangibles, tant l’Euro n’aura bientôt plus que la valeur des emprunts russes de nos grands-parents.

Pour quoi faire ? C’est la grande inconnue. S’il y a déficit et besoin de financement, c’est qu’il y a dépense publique. Or sur ce point, on nous annonce effectivement des mesures de rigueur, mais rien de précis.
Car au cœur de la crise, une crise du crédit, il y a la défiance des citoyens envers le monde politique. En effet, les classes dirigeantes européennes sont incapables depuis plus d’une génération d’expliquer que l’action de l’état ne peut qu’être limitée. Seule parmi ses pairs, Angela Merkel faisait figure de résistante. Elle a cédé cette nuit, les jeux sont donc faits.
Dans un dernier sursaut, on annonce que l’argent est toujours disponible, comme une matière première toujours plus abondante. Et l’on confirme ainsi le ressentiment de nos concitoyens que l’argent est toujours a portée de main des puissants mais jamais a disposition des plus petits.
C’est faux évidemment, l’argent n’est plus la pour personne, et ce sont de simples abstractions que nos serviteurs pensent pouvoir dépenser…

Ce que les ministres européens ont annoncé cette nuit est une formidable incantation. Celle de marabouts convaincus que le verbe a plus de force que le réel. Mais n’est pas le Seigneur d’Israël qui veut. Les sorciers vaudous de Bruxelles sont en réalité comme le poulet qui continue de marcher alors que sa tête est coupée.

Cette nuit, les ministres de l’Union dansaient comme les courtisans de Versailles aux bals du printemps de 1789. L’avenir n’est jamais écrit, mais il sera ironique aux historiens qui regarderont notre époque d’un œil dépassionné, de voir combien les mêmes causes provoquent souvent les mêmes effets.

Enragé

18 janvier 2010

Il n’aura donc pas fallu bien longtemps pour que les obscurs tenants de l’affaire des élèves boursiers soient révélés au grand jour. Quoi de mieux en effet que de lire cet article de la Pravda, pardon du Figaro, pour s’en convaincre :
http://www.lefigaro.fr/formation/2010/01/06/01015-20100106ARTFIG00422-pecresse-veut-modifier-les-oraux-discriminants-.php

On soulignera plus particulièrement cette phrase qui retient aujourd’hui tout mon enragement. « Le débat tend avant tout à se focaliser sur la culture générale, considérée comme l’apanage des classes dominantes. Le rôle de la mission d’inspection sera donc de déterminer si les épreuves de culture générale sont celles qui voient échouer les boursiers, davantage que les épreuves de mathématiques ou d’économie. » Nous y voici donc, et ce que je traitai il y a peu sur le ton de la plaisanterie prend aujourd’hui un tour glaçant.

Parce qu’elle risque l’inégalitaire (ce dont tout le monde conviendra puisque la culture tend intrinsèquement a éviter la coïncidence de soi a soi), la « Culture Générale » pourrait désormais ne plus être un critère de recrutement valide ou un gage de réussite professionnelle future.
Dans un monde d’une complexité croissante, croire un instant qu’elle constitue une injustice, voila qui donne a enrager !

Je ne dis pas que la Culture Générale est la garantie du succès professionnel. Et moins encore qu’elle garantit une personne équilibrée, car on a connu des tortionnaires policés, courtois et cultivés; mais leur bonne prestance jouait alors comme un défaut supplémentaire.
Mais refuser de soutenir combien la Culture Générale est la clé de compréhension du monde, voila qui fait horreur a toute la tradition scholastique occidentale. Comment comprendre notre histoire et notre présent sans clés de lecture ? Des clés qui sont toujours historique, littéraire, musicale, picturale, géographique, culinaire, linguistique… ?
Qui ne verrait que refuser de sélectionner nos « dirigeants » sur ces bases, c’est évidemment prendre le risque de l’immédiateté contre celui du long terme, de la passion contre celui de la rationalité ?

A la fin de son prophétique essai, Tocqueville annonce comment les forces de la Démocratie renforceront celle de l’égalitarisme. Nous y sommes.
Ce que ce débat des élèves boursiers met a jour, c’est tout simplement la mise a mort de l’idéal de l’Honnête Homme en ce qu’il voulait non se mettre au dessus du commun des mortels mais s’extraire de sa propre pesanteur. Cette possibilité, jusqu’ici magnifiée par le système scolaire français, brille de ses derniers feux.

De la part d’un gouvernement de Droite (dirigé il est vrai par un homme politique qui lit plus volontiers du Marc que du Primo Lévi et qui a fait sienne la préférence de l’instantané plutôt que la constance de la durée), il y a une inversion des valeurs que je ne m’explique pas… Mais qui ne fait que confirmer, une fois de plus, le mépris de ces « gens » pour lesquels nous avons votés, mais qui nous ressemblent décidément bien peu.

Pour une aristocratie républicaine

6 janvier 2010

Cela fait un moment qu’un billet bien polémique me titille. Par exemple, j’ai un brouillon au titre évocateur de « Pourquoi j’emmerde l’économie réelle » que je n’ai malheureusement pas eu encore le temps d’achever… Mais la cacophonie du débat sur les quotas d’élèves boursiers en Grandes Ecoles m’offre aujourd’hui une tribune inespérée pour publier un billet auquel mon statut d’ancien élève de la meilleure classe préparatoire de France et d’une non moins prestigieuse école de commerce parisienne me donne légitimement droit.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce débat. De légitimité. Non pas celle du concours, qui fait l’objet de tant d’arguments opposés (depuis celui du mérite jusqu’à celui de l’autoreproduction de nos élites). Non, la légitimité qui est ici en jeu, la seule qui compte vraiment, c’est évidemment la légitimité de la naissance. Car imposer des quotas d’élèves boursiers (ce qui m’est intolérable et insupportable), ce serait ouvrir la porte a des jeunes gens dont la seule valeur est l’intelligence.

Or, est-ce vraiment ce que nous voulons pour notre pays ? Est-ce l’intelligence seule qui doit aujourd’hui garantir le succès aux concours ? Est-ce l’intelligence seule qui doit donner accès au meilleur système éducatif de France, et (reconnaissons-le de bonne foi) du monde ? Est-ce l’intelligence seule qui doit permettre d’évoluer professionnellement dans les hautes sphères de l’économie privée ou de l’administration publique ? Je souhaite naturellement argumenter que non, cela n’est pas souhaitable.

Bien au contraire, il est urgent de reconnaître que ce qui importe vraiment, c’est ce surplus d’éducation que seule une certaine idée de l’argent et de la tradition familiale peut offrir… Reconnaître un style de mobilier français du XVIIIe siècle, identifier un compositeur classique a quelques mesures, déclamer des alexandrins en plaçant correctement l’hémistiche, ne pas couper son pain au couteau a table, parler sans accent un français convenable… Voila la clé du succès des élites françaises a l’étranger !
Et, mieux encore, voila la clé d’une existence heureuse car elle repose ainsi sur la reconnaissance de la collectivité et la valeur de l’héritage, seuls garants de la continuité des Nations. Tandis qu’inversement, la croyance que l’intelligence seule domine le monde promeut encore davantage l’individualisme qui corrompt nos sociétés modernes.

C’est parce qu’il est bien évident que ce surplus d’éducation n’est jamais enseigné en Grandes Ecoles, qu’y faire entrer des élèves boursiers dont les seules qualifications seraient l’intelligence brute (je n’ose imaginer qu’on fasse entrer des élèves sur le simple critère des faibles revenus de leurs parents) reviendrait a briser un modèle éducatif qui définit l’esprit français même. Apres tout, la pauvreté patrimoniale ne saurait excuser l’indigence culturelle.

Je ne doute pas un instant que l’on trouvera quelques autodidactes convaincus que le succès tient d’abord au travail et a l’intelligence. Mais accepter ce fait d’exception serait nous engager sur une voie « américaine », prophétisée par Tocqueville et qui fait horreur a tout esprit bien né.
Bien sur, je ne nie pas qu’avec le temps, l’expérience, et la bonne volonté accumulée de quelques générations travailleuses (pas plus d’un siècle et demi), la descendance d’un pauvre puisse devenir un brillant représentant de l’élite de notre Nation. Mais croire que l’on puisse anticiper le résultat d’un processus séculaire par un décret de gouvernement est évidemment illusoire, et pis encore, dangereux.

Chers lecteurs, la question des quotas est au cœur de cette identité nationale dont nous parlons tant aujourd’hui… A quoi voulons-nous identifier nos élites ? Est-ce a la puissance de leur esprit ou sa finesse ?
Avant répondre trop vite et trop mal, il est urgent de nous rappeler qu’aucun surpuissant processeur d’Intel n’aura jamais l’élégance d’une commode de Riesener…

Gordon Brown, the underdog

9 novembre 2009

Gordon Brown subit aujourd’hui les foudres d’une frange de la population anglaise, menée par le Tabloid The Sun.
http://www.thesun.co.uk/sol/homepage/news/campaigns/our_boys/2720283/Prime-Minister-Gordon-Brown-couldnt-even-get-our-name-right.html

Les raisons de cette colère populaire tiennent en quelques lignes, récemment rédigées par le Premier Ministre et envoyées a Madame Jacqui Janes, pour lui présenter ses condoléances suite au décès de son fils, Jamie Janes, tué en Afghanistan au cours du mois le plus meurtrier pour les forces britanniques depuis la guerre des Malouines.
Dans cette lettre publiée par The Sun, il apparaît que le Premier Ministre aurait incorrectement écrit le nom de Madame Janes tandis que le reste de sa lettre se caractérise par une écriture plus que difficilement lisible (ce qui tient en grande partie au handicap peu connu de Gordon Brown, qui a perdu l’usage d’un œil tandis que le second est réputé défaillant).

Au-delà de la colère excusable (et compréhensible dans une certaine mesure) de la mère du soldat tombé en action, cette affaire m’interpelle car elle souligne la difficulté du service politique.

Si je n’ai guère de sympathie pour Gordon Brown en tant que politique, l’acharnement médiatique qui s’abat sur lui m’apparaît tout simplement injustifiable pour l’homme lui-même (le Guardian, le Times reprennent l’information sans grande distance).
Il est certain que le Premier Ministre a commis une erreur, pour laquelle il a d’ailleurs présenté ses excuses. Mais une telle absence de recul sur un homme qui poursuit (au-delà de toute considération partisane) le service du Royaume-Uni depuis 20 ans, me parait le signe d’une curée malsaine. Pour tout dire, elle dévoile une détestation des hommes politiques qui ne fait guère honneur aux citoyens ni aux journalistes qui entretiennent cette spirale haineuse envers un responsable en fin de mandat.

Le combat politique a ses vilenies et ses bassesses, mais il reste aussi le plus haut service de la chose publique. Marquer son mépris des hommes politiques, sur un plan qui ne serait plus celui des idées mais celui du style, est parfois la meilleure manière de garantir, en retour, leur propre mépris pour le commun des citoyens.
Manquer a sa propre responsabilité, celle d’un jugement éclairé et même parfois bienveillant sur nos représentants, c’est précipiter le manque de décence que l’on attend tellement d’eux.
Dans la cohue des aboiement politiques, il est aisé de mordre en cachette. C’est bien plus surement dans le silence que l’on verra en pleine lumière la morsure intolérable qui dévoile la petitesse d’âme de celui qui brigue nos suffrages.

En écrivant de sa main une lettre aux proches de ce soldat, Gordon Brown fait preuve d’une compassion que les électeurs réclament souvent sans succes de leur dirigeants. Au-delà d’une erreur bien humaine, Gordon Brown fait signe d’une proximité du pouvoir dont nous ne saurions trop nous réjouir. Utiliser cette faille pour souligner sa faiblesse, est indigne.

Lors d’un combat ou d’une joute verbale par trop déséquilibré, il m’apparaît souvent indispensable de voler au secours de celui qui a le dessous. Non par esprit de contradiction ou parce que je croirai que l’on a souvent raison contre la foule, mais parce qu’il y n’y guère de plus grand honneur que de vaincre sans humilier. C’est une question de décence.
Il nous faut parfois prendre le parti de celui qui perd la main… Nos voisins anglais disent « Always go for the underdog ».

Satisfaction

23 octobre 2009

L’information selon laquelle Jean Sarkozy renonce a briguer la présidence de l’EPAD est naturellement une excellente nouvelle. Non par mépris pour la personne (je me soucie de Jean Sarkozy comme d’une guigne) mais parce que cette affaire a démontré que le pouvoir en place pouvait changer de stratégie face au mécontentement de ses propres électeurs.

Cette nouvelle reflète sans aucun doute le fait que cette affaire a outré l’électorat de Droite. Je ne connais personne autour de moi qui ait pu penser ou dire avec aplomb qu’un jeune homme de 23 ans sans profil scolaire d’exception ni expérience professionnelle majeure aurait pu légitimement prendre un poste d’une telle responsabilité.
Personne, a part les responsables politiques de droite qui auront dans cette histoire fait preuve de leur servilité empressée… l’on attendait des ministres qu’ils se conduisent en serviteurs de la nation, ils ne se sont conduits qu’en laquais du pouvoir.

Je ne suis pas naïf au point d’oublier que Jean Sarkozy siégera encore au conseil d’administration de l’EPAD, ni que ce dernier sera encore dirigée par l’UMP. L’on pourrait se demander quel victoire il y a réellement a voir Jean Sarkozy, sur la simple mention de son nom, préparer une carrière a l’ombre de la stature de son Père…
Mais au moins évitera-t-on les accusations trop évidentes de népotisme. Respecter les apparences en politique est parfois le signe que les règles ne sont pas si brisées, comme la politesse, en ce qu’elle feint les règles du savoir-vivre, offre au moins l’apparence du respect d’autrui.

Qu’importe ! L’objet de satisfaction est dans le fait que le pouvoir a plié. Je formule le vœu que devant ce mécontentement manifeste qui a réussi a changer le cours des choses, le peuple de Droite se mobilise pour faire advenir une politique qui lui convienne, tant il semble évident aujourd’hui que le pouvoir en place n’a pas tenu les engagements qui étaient les siens lors de la campagne de 2007 et sur lesquels il a été élu.

Je fais ce rêve d’un pouvoir qui tiendrait ses promesses. Je peux rêver encore longtemps.

Droite d’hiver

13 octobre 2009

Ou « Pourquoi je ne voterais pas en faveur de la droite actuelle lors des prochaines élections et pourquoi je m’apprête a appeler autour de moi a en faire tout autant ».

Je sais bien, moi non plus, je n’aurai jamais cru cela de moi. Un appel a ne pas voter a droite. Moi qui ai toujours voté comme un bon soldat depuis ma majorité il y a 15 ans… Ne plus voter a droite ? Mais pourquoi ? S’agit-il d’une soudaine conversion a l’idéologie communiste ? A la révolution Besancenotiste ? Ou, pire encore, a la séduction centriste ou a la tentation extreme-droitiste ?
Que nenni ! J’appelle a ne plus voter pour la majorité actuelle car je crois sincèrement que c’est aujourd’hui la seule manière de voir les valeurs de Droite gouverner notre pays.

La contradiction n’est qu’apparente: depuis 2 ans et demi l’actuel gouvernement qui se prétend de droite, n’a fait qu’appliquer des actions en contradiction avec les convictions de son électorat. Les exemples sont nombreux, autant économiques (non remise en cause des 35 heures, réforme a minima des problématiques de retraites, explosion de la dette publique) que politiques (réforme des collectivités locales, ouverture a gauche, relativisme moral).
Je sais bien que militer c’est adhérer a une cause imparfaite. Mais le hiatus entre les actes et les valeurs m’apparaît tel qu’il m’est impensable de ne pas réagir.
Pour ma part, la nomination récemment annoncée de Jean Sarkozy a la tête de l’EPAD constitue la bêtise de trop. Celle qui prouve le souverain mépris de notre gouvernement pour ses électeurs. Et c’est elle qui me pousse aujourd’hui a rédiger ce billet.

Je sais pertinemment l’utilité politique de cette nomination de convenance, magistralement éclairée par Authueil, ici. Néanmoins, je m’insurge, car elle montre un peut trop crûment le fonctionnement d’une mandature qui n’a que faire des valeurs que ses électeurs lui ont confiées. Comme je l’ai écrit par ailleurs, il m’est difficile de lire dans cette nomination népotique, l’apologie des valeurs de travail, de mérite ou d’efficacité que l’UMP cherche a brandir dans la société française d’aujourd’hui.

Alors il est temps d’agir. Parce que je crois que l’action politique ne saurait être jugée (c’est-à-dire appréciée ou sanctionnée) que par le vote, il faut saisir cet instrument en notre faveur.
Et menacer, crument, violement, de ne pas voter demain tant que les actes d’aujourd’hui ne seront pas en conformité avec nos valeurs de toujours. Et se mobiliser, et mobiliser autour de nous, pour annoncer que l’on ne laissera pas impunie une telle incurie.

Jean Sarkozy est sans doute un bon garçon, et surement un bon fils, mais puisqu’il apparaît inconcevable qu’il occupe la présidence de l’EPAD, ce sera notre premier combat pour nous faire entendre.
Soit ce poste est honorifique, et dans ce cas, je souhaite qu’on le supprime, en illustration de la réforme d’un état pléthorique. Soit il est d’influence, et dans ce cas, il doit revenir a une personnalité politique dont l’expérience et la légitimité sont indiscutables.
Dans les deux cas, Jean Sarkozy ne saurait occuper ce poste.

Je sais que c’est un combat illusoire, et dangereux sans doute. Parce que la manœuvre vise au cœur du système : par le nom, par l’argent, par le compromis… pour tout dire, par le sang. Mais la fin du mépris des valeurs de Droite par un gouvernement qui s’en réclame, passe par ce bras de fer symbolique.
Si nous le perdons, il nous faudra alors nous résoudre a ne pas voter demain pour les menteurs qui abusent de notre crédulité et de notre lâcheté pour survivre au cœur d’un pays en lent déclin.

Je ne sais que trop bien que cet appel prend le risque de voir gagner une équipe de Gauche aux prochaines élections. Cependant, au-delà du fait que je n’ai jamais vu en des « adversaires » politiques des « ennemis » de la Nation, je crois que le remplacement d’une génération d’hommes politiques incapables de mettre leurs actes en cohérence avec leurs convictions est de nature a améliorer le pays a long terme.

« Gouverner, c’est prévoir » dit-on, et la réussite est une entreprise de long terme. L’action politique a ses hauts et ses bas, et même si elle ne vit pas toujours sur les sommets, il n’est pas non plus une fatalité qu’elle s’abîme dans la bassesse.
C’est pourquoi il faut avoir confiance en notre pouvoir démocratique pour réclamer notre part de la vie politique du pays, au risque que la coïncidence de nos convictions et de l’action politique prenne plus de temps. C’est qu’il faut parfois prendre le risque de traverser l’hiver pour voir éclore le printemps.